Angil - "Putain, ce groupe..."

13/10/2004, par Guillaume Sautereau | Track by track |
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"PUTAIN, CE GROUPE..."*
textes sur Teaser for: matter d'Angil


AngilDepuis des années, les démos se succédaient, et on savait que Mickaël Mottet était doué. Un premier album chez Premier Disque le confirma et puis arriva ce deuxième album, chez les toulousains d'Unique Records, "Teaser For: Matter", passage à la vitesse supérieure comme on en voit peu dans nos contrées. A tel point que cet hiver, l'anguille Angil luttera sans doute avec les gros poissons de la musique indé pour une place sur les podiums de fin d'année de ceux qui auront eu la curiosité de tendre l'oreille à cet album remarquable. On a déjà dit tout le bien qu'on pensait de ce disque ici, alors on comptait laisser la parole à son auteur, mais celui-ci a préféré la donner aux gens qui l'accompagnent et l'entourent, chacun s'exprimant à propos d'un morceau de l'album. Comme "Teaser for: Matter", c'est très réussi.

1. NO MORE GUITARS par Flavien Girard
Flavien est l'homme de l'ombre. Sur scène comme sur disque, il apporte une dose d'aléatoire qui équilibre (ou parfois déséquilibre) l'ensemble. Faux juste comme il faut.

Basé sur une histoire vraie.
Il lui aura fallu prendre de l'élan jusqu'à la plus étroite lame d'un xylophone. Il entre finalement et tente d'épouser le rythme. La première frayeur passée, le deuxième coup de sang maîtrisé, il sent monter en lui comme une fringale d'adultère. Dans ce club de jazz, il se fait charmeur à force de coups de bassins pertinents et entendus. Il s'assied à une table ronde plutôt en retrait et se promet de ne pas s'autoriser à taper du pied. C'était le groupe de jazz aux mégots tremblants et aux yeux sous cape. On les devine fiers mais barbés.
Il en fixe un particulièrement. Un percussionniste. Tout en rondeur ou en opacité, des instruments surprenants mais inévolutifs. Face à eux, le joueur ne fait que le plus gros du boulot : il les assemble et les laisse tomber, il met du soin dans ce qu'il peut en tirer mais les traite comme des chiens.
Lui, assis, se dit qu'il voudrait vivre dans un maracas pour l'oublier, elle. Mais il la voit passer à travers la fenêtre pourrie et s'enfuit sous la pluie. Le gamin au xylophone n'est plus là et il la retrouve avec d'autant plus de bonheur qu'elle est extrêmement douce et amère ce soir.

2. BEGINNING OF THE FALL par Emmanuel Gibouleau
Ca fait con de dire ça, mais Emmanuel me soutient et croit à ce que je fais depuis longtemps, et ça me touche beaucoup.

Da da... Première écoute : il y a à peu près un an, sur un 2 titres qui devait devenir la suite du Summerypy. Accroché par la mélodie pop, on n'écoute pas tout de suite les paroles mais direct, on fredonne (et tous les présents tendent l'oreille). Seule (petite) erreur : un pont électro bien trop long...
Da da... Deuxième version : la maquette de l'album : toujours la même mélodie accrocheuse, le miracle en plus. Il était donc possible d'en avoir une meilleure version (le pont s'est d'ailleurs transformé en transition rigolote).
Da da... L'engrenage : le morceau ne quitte plus la platine et devient un tube micro-local (ma chambre). Il est temps d'essayer de comprendre les paroles. Bam ! D'un coup, ça reste gai mais plus inquiétant. Pushing the walls = la frustration par le rêve.
Bon. Puisque c'est si bien, j'en ferais mon premier clip (un tube DOIT avoir son clip). C'est fait, j'en suis content ; on pousse les murs.
Final : la version définitive a changé, imperceptiblement... Elle est encore mieux. Du coup, le clip, remonté, aussi.
Un an plus tard, le tube est passé du micro-local au local (ce n'est qu'un début). Un autre clip a été réalisé ; il est meilleur et c'est tant mieux. Da da...
Tout est prêt, disponible ; le public n'a plus qu'à...

3. A LONG WAY TO BE HAPPY, DARLENE SAID par Vincent Tardy
Vincent est mon ami.

Des les premières notes, tout se fige, le temps, l'espace, tout s'efface. Puis tout explose, tout implose, ce bonheur rempli de désespoir, cette douleur lancinante, cette brûlure au cœur. Cette musique s'insinue dans les moindres recoins de notre tristesse et on ne ressort jamais indemne de cette douce mélancolie. Comme un signe, la mélodie sur la fin s'adoucit, sûr que le paradis n'est plus très loin. En tout cas on l'effleure.

4. SHE SAID 'WHAT YOU DOING' HE SAID 'I AM LEAVING' par Francis Bourganel
Francis joue du saxophone dans les Hiddentracks et sur l'album. Il est mon guide musical et spirituel, mon génie de la lampe. On joue ensemble depuis tout petits.

Ca commence par une invitation au réveil. Un air pop optimiste. On imagine écouter ça par un matin radieux, un week-end, ouvrant les volets sur un bain de soleil. Mais en retour, boomerang. On se prend le reflet cru renvoyé par un miroir éblouissant. Ca ouvre grand les yeux sur une conscience endormie.
Elle a dit "qu'est-ce que tu fais ?"
Il a dit "je m'en vais."
J'ai dit "je m'en vais."
Le dialogue coupe court. L'amertume prend place. La basse ravale sa bile, gorge serrée. Avant de relancer un ardent "Wake up", sourire grinçant. Après, plus rien comme avant.

5. THE BEST COVER EVER par Anna
(...)

C'est difficile de répondre à l'éternelle question "il fait quel genre de musique ?" Ca pourrait être facile avec The best cover ever de dire "de la folk..." mais c'est pas si simple.
Pourtant c'est une vraie chanson à faire pleurer. Du "beau et chiant" à la Low. Mais c'est pas si simple.
Pas si simple parce qu'il y a un petit truc qui ne bascule jamais du mauvais côté, dans la facilité.
Pas si simple parce qu'il y aura toujours une flûte qui posera ses notes... au hasard.
Pas si simple parce qu'il y aura toujours une touche de cynisme derrière la douceur des mots.

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