Albums - Es, Kiila, Valley of the Giants,Warsaw Village Band

23/06/2004, par | Albums en bref |
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ALBUMS par Vincent

ES - Kaikkeuden kauneus ja käsittämättömyys
KIILA - Silmät Sulkaset
((K-RAA-K)3 )
VALLEY OF THE GIANTS - Valley of the Giants
(Arts&Crafts)
WARSAW VILLAGE BAND -
People's Spring
(Jaro/Harmonia Mundi)

Comment, en ce début de troisième millénaire, alors que tout semble avoir déjà été tenté, parvenir à défricher de nouveaux territoires musicaux sans pour autant sombrer dans l'inaudible ? Certains ne se posent pas trop la question, ce qui ne les empêche pas d'enregistrer d'excellents disques sous le nom de Divine Comedy, Beulah ou The Shins. D'autres, soit par véritable choix, soit parce qu'ils n'envisagent pas de procéder autrement, cherchent à s'éloigner des formats éprouvés, quels qu'ils soient. C'est le cas, notamment, de Es, Kiila, Valley of the Giants et Warsaw Village Band, quatre artistes ou formations rassemblées ici arbitrairement, mais qui ont néanmoins en commun une approche farouchement personnelle de la musique, où les lois du marché, les diktats de la mode et les "bons conseils" d'un producteur n'entrent jamais en ligne de compte.

EsLes faits rapprochent les deux premiers : tous deux finlandais et signés sur le label belge (K-RAA-K)3, structure polymorphe qui, outre ses activités discographiques, organise des festivals pointus et assure le suivi des artistes. Es est l'alias de Sami Sänpäkkilä (le finnois aime les trémas), qui sort ici son troisième album. De près de deux heures d'enregistrements réalisés depuis 2001, de sources et de qualités sonores très disparates, le musicien a extrait trois quarts d'heure. Soit dix plages, certaines très brèves, d'autres frôlant les dix minutes. L'ensemble donne l'impression d'un brouillard sonore où se fondent field recordings, clochettes, bruits du quotidien, drones, cordes tendues, piano pris dans l'écho et pas mal de silence... Les craquements, souffle et autres accidents sont intégrés à la matière sonore. Un disque souvent très beau mais exigeant une attention soutenue (ou une totale disponibilité mentale), où se distinguent quelques morceaux chantés dans un style très nordique (cf. Múm, Sigur Rós...).

KiilaAu flou sonore de Es, ses compatriotes de Kiila préfèrent la flûte et les cordes pincées. Le groupe joue un folk immémorial et habité, qui semble tout droit sorti d'un obscur sous-bois scandinave. Percussions tribales et structures répétitives procurent une agréable hypnose, et les atmosphères peuvent rappeler les univers autarciques de Dead Can Dance, Nico, Clogs, voire certains morceaux de Migala, le tout se rapprochant parfois d'un curieux psychédélisme champêtre. Là aussi, quelques chansons plus charpentées servent de porte d'entrée dans un disque qui ne s'apprivoise pas à la première écoute, révélant peu à peu toute sa richesse.

Valley of the GiantsDe l'autre côté de l'Atlantique, au Canada plus précisément, Valley of the Giants est un supergroupe indé impromptu, un collectif informel qui rassemble des membres d'autres collectifs, ne connaissant visiblement pas de problèmes d'ego. On y retrouve des échappés de Shalabi Effect, Broken Social Scene, Godspeed You! Black Emperor ou Do Make Say Think, soit la crème des musiques libres au nord des Etats-Unis. Cela faisait des années qu'ils voulaient jouer ensemble, et ils ont fini par se retrouver dans une ferme de l'Ontario cernée par la neige en décembre 2002, autour d'un 4-pistes, en n'ayant quasiment rien préparé pour préserver la spontanéité. De ce pari casse-gueule sont sorties huit pièces semi-improvisées, longues (plus de 65 mn en tout), sinueuses mais jamais ennuyeuses, qui laissent entendre un vrai plaisir de jouer ensemble malgré une certaine austérité de façade. Là encore, ce sont les morceaux chantés qui sortent d'emblée du lot : deux ballades panoramiques superbement interprétées par une certaine Deirdre du groupe Strawberry, la seconde clôturant idéalement le disque par un "singalong" collégial ("If you smoke that shit/You'd better get your mind right", si on a bien saisi). Mais le reste, parfois à la limite de l'expérimental bruitiste, retrouvant à d'autres moments le souffle du Liberation Music Orchestra de Charlie Haden et Carla Bley, est tout aussi remarquable.

Warsaw Village BandDernier du lot, Warsaw Village Band est aussi le plus éloigné du rock ou de la pop, même si les trois précédents n'y émargent pas vraiment. "L'Orchestre du village de Varsovie" est un septette formé en 1997, qui sillonne la campagne polonaise pour consigner des thèmes folkloriques et les techniques instrumentales et vocales des anciens. Utilisant des instruments traditionnels (percussions, guimbarde, dulcimer, "suka", un ancêtre du violon) et un style de chant médiéval, proche du cri - qui rappelle aussi les mélopées de Lisa Gerrard avec Dead Can Dance -, ces jeunes "ethnomusiciens" varsoviens jouent une musique très expressive, qui, comme celle des soufis ou des tziganes par exemple, cherche à provoquer la transe. Le lien avec certaines formes électroniques répétitives est mis en évidence par les deux remix (dispensables) rajoutés à la fin du disque. Le groupe qualifie d'ailleurs sa musique de "hardcore folk" ou de "bio-techno"... Au-delà des étiquettes, il est intéressant de pointer des ressemblances avec les trois disques précités : ceux qui se promènent à la périphérie des genres finissent toujours par se croiser.

Vincent



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