Albums - Godspeed You Black Emperor, Explosions in the Sky, A Place For Parks

15/01/2003, par Monsieur Morel | Albums en bref |
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ALBUMS - par monsieur Morel

Deux écoles se dessinent au sein du courant certes vague mais néanmoins identifiable du post-rock. Il y a les libertaires, ceux qui tracent des chemins tortueux où les mélodies finissent par se perdre, où les délimitations deviennent floues, qui conduisent finalement autant au jazz qu'au rock. Tortoise pourrait en être la figure de proue. Les trois albums chroniqués ici sont de l'autre école, celle plutôt affiliée à Mogwai, celle qui ébauche plutôt des routes rectilignes, droites et oppressantes. Musique souvent uniquement instrumentale, thèmes mélodiques traités en boucle, morceaux linéaires allant généralement en s'intensifiant, sérosité affichée, noms cultivant la bizarrerie, de plus en plus de groupes semblent partager cette ligne artistique sans forcément se constituer en courant, ni même avoir conscience d'appartenir à un même mouvement. Il ne s'agit ni de la cohérence du punk, ni de l'engouement électronique, ni du militantisme rap… juste un courant spontané affichant une certaine mélancolie voire un réel désespoir, peut-être juste en phase avec l'évolution du rock et de son époque.

GODSPEED YOU BLACK EMPEROR - Yanqui U.X.OGODSPEED YOU BLACK EMPEROR - Yanqui U.X.O
(Constellation / Chronowax)

En passe de détrôner Mogwai, Godspeed You Black Emperor (appelons les GYBE) peut se targuer de devenir le nouveau mètre-étalon du post-rock désillusionné. Groupe suscitant l'admiration pour son intransigeance, ses prises de position politique, son ambition artistique, GYBE livre ici son quatrième album. Difficile de décrire cet album sans tomber dans des adjectifs (apocalyptique, orchestral, sombre, grandiloquent…) applicables également aux trois précédents. La recette est connue et n'a pas été modifiée. Pourtant après une bonne dizaine d'écoutes, il y a cette impression diffuse de ne pas exactement retrouver ce qui faisait l'hypnotisme des anciens morceaux. Moins ambitieux, moins fou, moins chargé que son prédécesseur, adoptant des structures plus claires, Yanqui U.X.O en devient "claustrophobique" et laisse ainsi moins l'auditeur la possibilité de se promener dans les longues compositions (un quart d'heure en moyenne) du combo de Montréal. Une sensation d'autant plus renforcée que GYBE semble avoir abandonné l'idée de constamment avancer en équilibriste sur le fil-frontière de la grandiloquence euphorisante et des climats terrifiants. Yanqui U.X.O paraît en effet plus balancer du côté des harmonies tendues et se retient souvent de se laisser entraîner vers ces chevauchées héroïques si symboliques du groupe. Nos illuminés laissent tout de même cours à quelques beaux dénouements soniques qui, il est fort à parier, continueront d'exercer leur pouvoir d'attraction sur l'auditeur novice.

EXPLOSIONS IN THE SKY - Those Who Tell The Truth Shall Die / Live ForeverEXPLOSIONS IN THE SKY - Those Who Tell The Truth Shall Die / Live Forever
(Temporary Residence / Import)

Malgré toute ma bonne volonté, impossible d'éviter la comparaison entre Explosions In The Sky et GYBE : même imagerie apocalyptique et quasi-religieuse, mêmes slogans si désespérés qu'ils frisent la complaisance ("Help us stay alive", "This plane will crash tomorrow"…), noms et titres à rallonge. Sans même avoir actionné la touche lecture il me semblait avancer en terrain connu, d'autant plus je découvrais cet album quelques semaines après la sortie du dernier GYBE. L'écoute des morceaux de "Those Who Tell…" ne me fera pas démentir. Son de guitare éthéré, tension latente, constructions musicales en forme de montagnes russes, l'ombre de GYBE vient bel et bien noircir les compositions. Pourtant il y a une nervosité supplémentaire chez Explosions In The Sky. Les titres sont plus compacts, plus efficaces (comme on dit), se dévoilent plus facilement en somme et perdent donc peut-être en étrangeté. Explosions In The Sky est avant tout un groupe à guitares, ce qui lui ôte provisoirement le titre de simple satellite de GYBE, plus connu pour ses violons. Malheureusement les six-cordes nous valent aussi quelques relents "metal" pas toujours bienvenus. Mais quand ces américains explorent de nouveaux horizons, loin des côtes du Canada, les compositions gagnent en intérêt comme ce "Have you passed through the night", véritable morceau de bravoure de l'album : voix habitée, samples judicieux, batterie sèche et martiale, juste équilibre entre latence et coup de grâce…

A PLACE FOR PARKS - The Bright PeriodA PLACE FOR PARKS - The Bright Period
(Unique Records / La Baleine)

Enfin, preuve que la France n'est pas en reste, A Place For Parks nous arrive avec ce premier album sorti sur un label spécialiste du genre, Unique Records. Malgré quelques faiblesses (pauvreté du son) et quelques facilités (les codes du genre), le trio bâtit un bel univers intimiste et fait preuve d'un joli talent mélodique et harmonique. Troublantes expériences que de s'assoupir au son de ce piano alangui sur un lit de craquements vinyliques ("Our Screwball Concerto") et autres bruits sourds ou de se laisser mener par les cuivres insatiables du lumineux "He Meant The Words". A Place For Parks parvient alors à maintenir le temps en suspension. L'ennui devient contemplation.

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