2011 : le bilan

18/01/2012, par , , Benoit Crevits, , David Dufeu, Guillaume Sautereau et Luc Taramini | Bilans annuels |
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Et pendant ce temps là, en France...

Difficile de dire s’il est sorti davantage de disques français intéressants en 2011 que les années précédentes, ce genre d’avis restant de toute façon très subjectif. On en a en tout cas écouté beaucoup, dans des styles très différents, réalisés aussi bien par des vétérans (Darc qui avec “La taille de mon âme” se vide tout entier dedans pour notre plus grand plaisir, et Thiéfaine, tombant, se relevant toujours dans “La ruelle des morts”) que par des jeunes pousses prometteuses, sans oublier des artistes apparus dans les années 90 et qui tiennent toujours le cap (Miossec, Bertrand Betsch, Thomas Fersen creusant toujours un peu plus leur marque de fabrique avec plus ou moins d’entrain). Jean-Louis Murat, après une pause discographique quasi historique de 2 ans, aura lui aussi été fidèle à lui-même : à la fois assagi, imprévisible et de plus en plus défaitiste face à une industrie musicale sans boussole.
Beaucoup de disques n’étaient pas chantés en français, ce qui, depuis la French Touch, ne semble plus préoccuper grand monde.

François Marry (François & the Atlas Mountains), auteur avec “E Volo Love” de l’un des plus beaux albums de l’année, passe d’ailleurs parfois du français à l’anglais dans une même chanson, avec un naturel désarmant. Pas très étonnant au fond pour un garçon qui a beaucoup traversé la Manche, voire l’Atlantique, de Saintes à Bristol, et qui trouve dans ses voyages la matière sonore et poétique de chansons libres comme l’air, prenant magnifiquement chair sur scène (la Plage de la Route du rock ou Rock en Seine, les Francofolies, en attendant de nouveaux concerts en 2012). Une liberté qu’on retrouve également chez Camille qui, sur “Ilo Veyou” (titre faisant étrangement écho à celui de François), continue à explorer l’univers sans limites de la voix et de la langue.

Si Camille, à l’instar d’Emilie Simon (“Franky Knight”), fait désormais partie du paysage, l’année 2011 aura également vu émerger de nouvelles venues comme L, dont le premier album “Initiale” a été accueilli par une critique étrangement unanime et pourtant justifiée : L embrasse l’héritage de la chanson française avec une belle audace quand d’autres trop complexés en font fi.
Citons aussi Oshen qui, après deux disques chez V2/Universal, est revenue avec un mini-album autoproduit de sept titres, “La Pudeur”. Des chansons élégamment écrites et arrangées, mais qui ne négligent pas pour autant l’efficacité pop, voire rock (le percutant “En miettes”). Au féminin toujours, mais dans un genre plus rugueux, le duo Mansfield.TYA a confirmé avec l’envoûtant “Nyx” sa (re)belle singularité.

Longtemps, “pop” et “France” furent antinomiques. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, comme l’ont prouvé en 2011 une poignée de disques qui auraient sans doute mérité une meilleure exposition. En commençant par la brève et superbe “Fugue” de Mehdi Zannad - connu jusqu’ici sous le nom de Fugu -, digne héritier d’Emitt Rhodes et des Zombies, osant pour la première fois un album entièrement en français (textes signés par le cinéaste Serge Bozon) sur des mélodies toujours aussi renversantes. Ses camarades de Tahiti 80 sont, eux, restés à l’anglais, mais en recourant de façon plus franche que naguère à des sonorités électroniques et à des rythmes dansants : une belle réussite, tout comme “Both Ways Open Jaws” de The DØ. Le groupe étoffe un peu plus sa palette pop par des rythmes tribaux et l’utilisation de cuivres du plus bel effet. Pour les mélanges entre pop, rock et électro dansante, c’était du côté de Reims qu’il fallait chercher : avec The Shoes, The Bewitched Hands ou Yuksek (qui collaborent dans un esprit de franche camaraderie), cette ville jusqu’ici un peu endormie tient sa scène locale, mais capable de lorgner vers l’international.

Thomas Rocton, alias Alone With King Kong, nous avait séduits en 2010 avec un premier EP qui révélait des qualités d’écriture rares. Son premier album, “The Hardest Step”, a confirmé tout le bien qu’on pouvait penser de lui : un disque d’indie-pop alerte et accrocheur, entre Smiths, Lemonheads et Kings of Convenience, comme on n’en fait (presque) plus. Le CD sous pochette artisanale est sorti Chez.Kito.Kat, une structure messine à suivre de près. Mêmes inspirations purement anglo-saxonnes et indie chez Maison Neuve, dont le “Joan” arlésienne, tout en guitares racées et en crescendos émotionnels, a fini par sortir, et n’a guère quitté notre platine depuis.

Coté BO, parmi les toujours talentueux Benjamin Biolay (“Pourquoi tu pleures ?”) et Bertrand Burgalat (“My Little Princess”), c’est sûrement Alex Beaupain qui s’en tire le mieux. “Les Bien-aimés” de Christophe Honoré plantait il est vrai un décor idéal pour sa musique. “Pourquoi battait mon coeur”, sorti quelques mois avant, nous conditionnait déjà à une année 2012 présidentielle avec un titre très prévisible et néanmoins réussi, “Au départ”.

En 2011, Les Disques Bien ont continué à offrir, trop discrètement, des disques bien. Comme le premier album inclassable d’Antoine Loyer, “Poussée anglaise” (en coédition avec le label Le Saule), où l’on entend aussi bien du Dick Annegarn (repris) que du Jules Laforgue (adapté) et des folklores du monde (revitalisés). Armelle Pioline, qui prête sa voix au disque, est revenue en solo sous le nom de SuperBravo (chansons brutes mais mélodieuses dans la langue de Morrissey), tout en donnant quelques concerts de Holden en formule duo avec Mocke – notamment une belle soirée estivale sur la terrasse du 7e Ciel.

Le disque le plus étonnant - à la mesure du parcours de son interprète - sorti en 2011 sur le petit label parisien reste sans conteste celui d'Emmanuelle Parrenin, "Maison Cube". Trente-quatre ans (!) après "Maison rose", un premier album devenu culte, cette chanteuse et musicienne folk férue de traditions populaires autant que d'avant-garde a fait un retour inespéré grâce à Flóp, pivot des Disques Bien. De leur collaboration étalée sur plusieurs années est sortie une collection de chansons sans attaches, quoique tissant des liens entre les explorations seventies de Brigitte Fontaine ou Catherine Ribeiro + Alpes et la scène actuelle (elle est accompagnée sur disque et sur scène par des musiciens de talent qui auraient l’âge d’être ses fils, comme Etienne Jaumet ou Vincent Mougel). Une artiste rare et hors norme.

Enfin, l’année 2011 aura été marquée par d’émouvantes retrouvailles avec Michel Cloup. Non que le Toulousain ait été vraiment absent ces dernières années ; c'est plutôt nous qui nous étions un peu éloignés de sa musique. Disque de deuil et de renaissance, fortement autobiographique mais toujours pudique, touchant à l'universel à travers une expérience très personnelle, "Notre silence" a renoué magnifiquement les liens, au fil de morceaux fleuves enregistrés en quelque jours en compagnie de Patrice Cartier, le batteur d'Expérience. Un bonheur n’arrivant jamais seul, l’année aura également vu la reformation surprise de Diabologum, près de quinze ans après sa séparation. Après un bref galop d’essai à Poitiers l’été dernier, le groupe donna un concert mémorable fin octobre aux Rockomotives de Vendôme, festival chaleureux et convivial comme on aimerait qu’il en existe davantage. En espérant que l’émotion visible provoquée par ce retour aussi digne qu’inespéré ait donné envie à la bande de poursuivre un bout de chemin ensemble en 2012... Comme le chante Emmanuelle Parrenin : “La route est sous tes pieds, ne laisse pas la mousse envahir tes souliers.”
Aucune chance en tout cas que cela arrive à Zone Libre & Casey qui ont produit une musique assez unique dans le paysage français avec l’enragé “Conte du Chaos”. Les Francos auront aussi été l’occasion pour POPnews de voir et entendre le rap synthétique et aventureux de Psykick Lyrikah et le verbe malin de Nevchehirlian chantant admirablement Prévert.


Que nous prépare 2012 ? Rover, faux jeune premier qui a déjà pas mal bourlingué avec Hausmann Tree, nous a autant émoustillés sur son EP que sur scène. Son faux premier album sortira chez Cinq7 : année 2012 des plus fastes pour ce label avec la réédition de l’intégral de Dominique A couplée à une ribambelle d’inédits. Quant à Mendelson, dont le cinquième album se fait attendre, ils étaient il y a quelques mois en studio. Espérons simplement que la distribution de ce prochain disque soit moins compliquée que celle du remarquable “Personne ne le fera pour nous”. Voici en tout cas, en attendant l’hypothétique apocalypse, quelques raisons d’espérer de 2012.
Photos : 
François par Maéva Pensivy
L par Vincent Delerm avec l'autorisation de Wagram

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