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MANSET

Finalement, à force d'entendre dire partout que Manset est le plus discret des chanteurs français, tous ceux qui s'intéressent un minimum à la chanson et au rock francophones ont fini par en entendre parler. Pas si avare d'interviews (sauf télévisées), Gérard Manset faisait même l'objet en 2006 d'un article dans... Paris Match. De quoi briser un mythe, même tenace comme celui qui entoure l'auteur compositeur arrangeur interprète photographe peintre écrivain de St Cloud. Alors pourquoi ne pas faire un pas de côté, s'éloigner des comités et autres cercles qui portent Manset aux nues (même, si dans mon cas, je l'avoue, ce sera difficile) et jeter un coup d'œil sur une discographie complexe, tortueuse mais unique dans l'histoire de la musique hexagonale.

Gérard MANSET (1968)
En plein mai 1968 sort le 45-tours "Animal, on est mal", un OVNI en France en pleine période yéyé avec ses pistes jouées à l'envers et ses cris d'animaux. L'album, qui sortira quelques mois plus tard fait preuve de la même inventivité : arrangements (notamment de cordes) audacieux, travail sur le son et pessimisme des paroles jettent les bases du "style Manset". Uniquement réédité/remanié en 1971 (avec le superbe "Golgotha" en prime), l'album n'est jamais paru en CD et est aujourd'hui à peu près introuvable. Dommage.

La Mort d'Orion (1970) - acheter ce disque
Manset a 25 ans en 1970 lorsque sort cette "Mort d'Orion" qui va sans tarder devenir un disque mythique : une face consacrée à une symphonie, un opéra futuriste (oui, le terme fait peur) qui, s'il a un peu vieilli, marque tout de même l'ambition et le culot du jeune homme, avec ses cordes grandiloquentes et ce ton qui tranche résolument avec la production francophone de l'époque ; l'autre face, constituée de chansons à peine plus formatées, frappe par sa noirceur. Disque réédité en CD en 1996.

Long long chemin - "L'album blanc" (1972)
Un peu plus lumineux que ses deux prédécesseurs, ce disque est probablement l'un des chefs d'œuvres de Manset, un chef d'œuvre qui n'a malheureusement pas été réédité en CD… Et pourtant, des titres comme "Long long chemin" ou cette face B se terminant sur cette relecture/variation somptueuse de l'histoire de Jeanne d'Arc ("Jeanne") qui s'étire magistralement sur plus de dix minutes semblent aujourd'hui encore inégalés. Un disque épique, à écouter d'une traite, les yeux fermés.

Y'a une route (1975)
Bénédiction ou fardeau ? Avec "Il voyage en solitaire", 45-tours qui remporte un immense succès, Manset accède au statut de chanteur populaire ; mais si ce titre – joué au piano à la "Imagine" – donne à l'artiste encore plus de latitude pour faire ce qui l'intéresse, il est aussi l'arbre lisse qui cache une forêt bien plus touffue. Et l'album qui contient ce tube en est la preuve avec des titres imparables comme "Y'a une route", des folk-songs superbes ("C'est un parc") ou des dérives sonores inquiétantes ("Attends que le temps te vide").

Rien à raconter (1976)
Réaction immédiate au succès précédent : Manset n'a plus "rien à raconter" ; mais à y regarder de plus près, cette tentative de repli sur lui-même (à défaut de suicide commercial) recèle tout de même quelques bons moments : le titre "Les Vases bleus", l'exubérant "Cheval Cheval" ou "Ailleurs" et son riff entêtant.

2870 (1978)
En provenance d'Angleterre, le rock de Led Zep et de Pink Floyd fait un malheur ; en France, Manset mélange la violence des uns avec la musique progressive des autres pour donner des morceaux comme "2870", hypnotique titre de 15mn où se déchaînent les guitares. L'album, dont la pochette très soignée représente un masque d'escrime, est aussi l'un des plus sombres de Manset (difficile de trouver des chansons plus noires que "Jésus", "Un Homme une Femme" ou "Amis").

Royaume de Siam (1979)
Avec ce disque, Manset fait entrer ses influences de voyages dans sa musique qui, du coup, prend un bon bol d'air frais et des accents zen ("Royaume de Siam, celui qui voit le monde par tes yeux, celui-là peut-être il peut être heureux"). On y trouve quelques perles comme la chanson titre, qui débute l'album de manière grandiose, ou le magnifique "Quand tu portes". Trois titres moins sereins, mais loin d'être inintéressants seront plus tard écartés des rééditions et compilations ("Balancé", "Fini d'y croire" et "Seul et chauve").

L'Atelier du crabe (1981)
Sur la lancée de son prédécesseur, "L'Atelier du Crabe" creuse le sillon des influences de voyages ; on passera rapidement sur "l'autre tube" de Manset, "Marin' Bar" (plus profond cependant que sa musique un peu trop légère ne le laisse supposer) pour apprécier des "classiques" comme "Manteau Rouge" ou "Le Masque sur le mur" ou bien encore "Les Rendez-vous d'automne", inexplicablement écarté des rééditions futures.

Le Train du soir (1981)
Très influencé par le rock progressif, "Le Train du soir" est parfois assez indigeste ; un des albums les plus faibles de Manset, à peine sauvé par "Quand les jours se suivent", l'un des premiers titres sous influence reggae du chanteur ou (le tout de même un peu long) "Marchand de rêves".

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