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BANG GANG - Something Wrong
(Recall / Discograph)
Sous l'apparence lisse d'une electro-folk mélancolique et islandaise, le deuxième album de Bang-Gang cache plusieurs paradoxes qui en font une sorte de collection de bizarreries foraines : on y retrouve la sirène du Pacifique, la momie du Nil, la femme à barbe ou l'homme sans os.
L'album commence sagement, avec des voix et des synthés au velouté rétro qui rappellent Gus Gus, soutenus par une présence très discrète des manipulations électroniques. "Inside" nous ramène la voix enivrante d'Esther Talia Casey (la première chanteuse de Bang Gang), qui s'épanouit sur les trois premiers morceaux et s'évapore sur le tout dernier : "Look at the sun". Progressivement les sonorités durcissent, avec "Follow" (chanté par Bardi Johansson lui-même, sur un fond de guitares froides coupé de vagues synthétiques plutôt angoissantes) ou avec "Something wrong", où la voix d'Esther se dissout dans les bruitages électriques devenus omniprésents. Par la suite le rythme semble s'animer (on pense aux années 1970 traversant la brit-pop sur "It's Alright"), mais il retombe le temps de deux très beaux morceaux : "There was a Whisper" d'une majesté panoramique et "Forward and Reverse" (chanté par Keren Ann) d'une limpide mélancolie. Les années 70 reviennent sur "Find what you get" avec des sonorités de rock progressif assez prévisibles, et continuent dans la foulée en ressuscitant ni plus ni moins que le grain de voix de Janis Joplin sur "In the morning", fascinante performance de Daniel Agust, chanteur de Gus Gus.
Suivent les deux surprises extrêmes du disque. La pire, une reprise de "Stop in the Name of Love" des Supremes, tellement désossée et poussive qu'elle ne saurait bousculer la paix d'une kermesse de jeunes mormons. Et (après un interlude folk de Bardi Johansson) la meilleure, le joyau obscur de l'album. Avec sa voix chaude, Nicolette Suwoton (immédiatement identifiable pour tout fan de Massive Attack) y incarne un oxymore : on l'appellerait "la soul sans rythme" comme on dit "soleil noir". Tous les autres ingrédients sont présents sur "Contradictions" : piano saturé, cordes, trompette, même les vibrations prolongées de cymbales qui font monter la tension, mais les autres percussions n'arrivent jamais, tout en se faisant attendre jusqu'à la fin.
Album inégal et donnant parfois une légère impression d'inconsistance, "Something Wrong" vaut quand même le détour, autant pour les libertés qu'il sait prendre que pour les risques qu'il n'hésite pas à assumer.
Gabriel Marian
Inside
Follow
Something Wrong
It's Alright
There was a Whisper
Forward and reverse
Find what you get
In the Morning
Stop in the Name of Love
Everything's Gone
Contradictions
Look at the Sun
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