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Concerts

AM Higgins, My Brightest Diamond, Le Hasard Ludique, Paris, 19 février 2025

On avait un peu oublié My Brightest Diamond, découverte il y a presque 20 ans avec le très beau “Bring Me the Workhorse“ ou encore sa reprise parfaite du casse-gueule “Feeling Good“ sur la compilation “Darker Was The Night“. Pendant un temps, les compositions indie rock et la voix atmosphérique de la chanteuse nous ont été familières, avant que le temps ne fasse son œuvre. Un récent album, “Fight the Real Terror“, en hommage à Sinead O’Connor, et un concert au Hasard Ludique ont fait ressurgir l’artiste dans nos vies comme un proche que l’on aurait perdu de vue depuis trop longtemps. Comment pouvait-on refuser une telle invitation, d’autant que l’excellente AM Higgins en duo assure l’ouverture de la soirée ?

Partie de Chicago pour poser son clavier et ses micros dans le village de Najac (Aveyron), Annie Meredith Higgins s’est laissé prendre par le charme étrange de l’Occitanie. Après un premier album enregistré pendant le confinement, “Hymning“, Annie Meredith Higgins et son mari Jason Toth renouent avec la soul délicate sur le très beau “Dream Trap“ où chaque ligne de texte sonne comme un poésie un brin lunaire. Sur scène, le couple s’accapare le clavier et la batterie, compose avec quelques accords, orchestre avec une série de samples et capte l’attention de la salle en un instant.

Le chant prenant de AM Higgins navigue en permanence entre une certaine intensité et le bonheur simple d’être là. Après deux mouvements de tête, la chanteuse semble hésiter entre pianoter des nappes bourdonnantes au synthétiseur et danser avec déraison. Derrière les futs, Jason Toth joue avec retenue et précision, il est le soutien de cette musique qui se déploie dans la salle avec un charme bucolique d’une rare beauté. Le couple termine sur une reprise de Low, “Holy Ghost“, en hommage à la regrettée Mimi Parker. On sentirait presque venir une larme sous le coup de l’émotion. L’interprétation est parfaite, et on gardera ses moments comme un acte de résistance pour survivre à ce monde écroulé. “Dream Trap“, est sorti sur le label We Are Unique! Record le 21 février.

Envers et contre tout, le poing levé et fière d’être entrée en résistance, la flamboyante My Brightest Diamond est venue défendre seule sur scène son intense dernier album, “Fight the Real Terror“. Armée d’une Fender Jazzmaster grésillante et d’un laptop pour dérouler quelques beats minimalistes, Shara Nova (Worden de son vrai patronyme) évolue sur scène au milieu d’un petit décor bricolé comme un appartement décoré par une sorcière gothique qui aimerait aussi les guirlandes colorées d’une boule disco. Si elle nous joue des airs de rock serpentins dignes des moments les plus énervés de Polly Jean avec “Rocket In My Pocket“, c’est pour mieux réveiller les fantômes du blues avec une précision mystérieuse sur “Black Sheep“. Bizarre, excentrique, le riff aussi piquant qu’un aiguillon, My Brightest Diamond impressionne par son lyrisme et sa rare intensité sonore. Le public réagit parfaitement, entre bienveillance et sérénité, et cette musique grandiose et cagneuse sublime parfaitement la nuit.

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