Ne choisissant pas entre rock surréaliste et rap de pédés des zones pavillonnaires, Rhume nous mouche salement. Espérons que l’épidémie de Rhume se répande en France comme un tsunami, qu’on se marre un peu. Enfin.
C’est l’ami blogueur érudit d’Arise Therefore qui nous le conseillait il y a peu : as-tu écouté “Vigilance Rose” de Rhume ? Il est dans mon top 2021.
On se souvient, la tête un peu prise, d’avoir écouté le premier LP, vite fait, trop vite fait sans doute, peut-être après avoir lu l’interview par notre collègue Maeva.
Mais on avait oublié tout ça dans nos petites têtes sans mémoire, l’esprit embrumé par un Covid de début d’année, congestionnant le crâne davantage qu’un petit rhume de saison.
Pourtant ce Rhume est un virus prophétique qui est bien là pour rester.
Jouons les casses-burnous : oui, il y a bien du Michniak là-dedans, mais un Michniak qui aurait abusé de protoxyde d’azote. Oui, il y a du Diabologum aussi, de ce rock puissant à guitares qui réfléchit mais qui (se) joue aussi de ses influences avec beaucoup d’humour.
Rhume, c’est Dada à cheval sur la guitare, du Stupéflip moins agaçant, qui n’aurait pas peur de paraître intelligent.
Pour du contemporain, on pense aussi à 1=0 ou même à Fantomes qui ne se limiterait pas à Weezer mais à tout l’indie rock 90, sans compter sur les expérimentations du laboratoire Anticon des années 2000, le rap touche à tout initié par Beastie Boys mais aussi Wyatt et la new wave, parce que pourquoi pas.
C’est du rock chiadé, littéraire mais qui privilégie l’instant. Du rap à l’eau, jouant sur les rythmes, les jeux de langage, n’ayant pas peur du ridicule, des écarts. Avec des instru chelous aussi.
Tout est jeu, tout est utile. Et si on trouve un peu de Married Monk (au détour de “Pharaon” mais aussi dans les instrumentaux qui rappellent également Fabio Viscoglioso) ce n’est pas, seulement, parce que Christian Quermalet est au mixage. On voit bien que Rhume puise à grandes brassées dans l’histoire de la musique, sans œillères. “Centres nerveux“ lorgne vers “My Sharona“ certes mais c’est avec un regard torve, qui pourrait être celui de Pavement. Un Pavement français ? Oui. Enfin.
Comme dans ses textes sans queue, ni tête, apparentes, Rhume suit un serpent de mer, tire sur le fil d’Ariane et remonte des merveilles.
On monte dans le “Train fantôme“, d’autres trains across the sea comme chantait l’autre Juif d’Argent, on saute d’un wagon l’autre, de phrases en phrases, le sens prenant forme malgré tout dans un refus de toute linéarité.
C’est un constat aussi franc et sec que celui des grands ainés, en empruntant simplement des voix parallèles, en ne se refusant pas la mélodie, ni la poésie de bric et de broc.
Les accumulations/renvois de “Au lit“, la paranoia sous speed de « Vigilance rose » nous mettent KO. Citations :
« Les profs parlent des flics
Les flics parlent des profs
Les artisans parlent des cheminots
Les cheminots parlent des entrepreneurs
Les sportifs parlent des fumeurs
Les féministes parlent des catcheurs
Les coureurs parlent des journalistes
Les chauffeurs parlent des radars
Les radars parlent du ministres
Le ministre parlent des casseurs
Les casseurs parlent des vitrines
Les vitrines parlent de l’économie
L’économie parle des ménages
Les ménages parlent de l’avenir
L’avenir parle des poubelles
Les poubelles parlent des microbes
Les microbes ne parlent pas de politique »
-Au lit !-
« Il y a un drone qui plane sur ta vie
c’est ton ennemi
tu t’es pas fâché depuis trois jours
c’est une mauvaise série
de France 2 qui commence
t’es sur France Bleu
tu manges ta langue
elle a l’goût d’un arbre magique
dans une Twingo
face au steak
voilà le cerveau
suffit d’une raquette
de badminton
pour l’éclater
sur une poutre, le drone
tu as perdu ton calme
l’espèce humaine est la seule
qui ait besoin d’une défonce mentale»
-Vigilance rose-
Le tout sur une cavalcade de percus qui ferraillent avec les mots (« ne finis pas tes jours en prison… s’il te plaît ! »). On sort de cet album un peu ivre mais complètement ragaillardi. Le genre de disque qui remet en forme les éternels abonnés absents aux salles de sport, ceux qui ne porteront jamais de matelas de yoga en bandoulière dans les transports en commun, les gras du bide qui ont chéri Pavement puis Why ?, les maniaco-dépressifs qui reconnaîtront N’oublie pas que tu vas mourir (1995) de Xavier Beauvois dans les premières lignes de “Au lit !“, ceux qui auraient aimé avoir le rasoir en main dans la salle de bains de Nicolas Sarkozy en 2003 (“Vigilance rose“).
« Tu t’lèves
tu t’rases
La radio insiste pour que tu dises : oui !
tu t’rases
Le sang coule
comme un nouveau poil
tu l’rases
La radio insiste pour que tu dises : Oui !
(…)
Tu t’lèves
parce que tu travailles
tu vas taper des mails tout rouges
les autres comprendront pas
La radio insiste pour que tu dises : Oui !
Le loquet n’a pas été vérifié
On est en
vigilance rose
On est en
vigilance rose »
Ah mais oui, on n’avait pas été vigilants du tout. « Vigilance rose », meilleur album de l’année 2021, écouté en 2022.
Un vinyle est sur le point d’arriver ainsi qu’une tournée prévue pour avril. On en reparle.
Avec l’aide de Johanna D, vigilante bienveillante.
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