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Disques

Valley Maker – When The Day Leaves

Le quatrième album (en dix ans) d’un songwriter folk américain encore méconnu séduit par sa sobriété et la solidité des compositions.


Face aux difficultés, il est nécessaire de se connecter aux autres, de faire preuve d’empathie afin d’être capable de s’adapter au monde, malgré les doutes que cela peut inévitablement provoquer. Ne croyez pas que ceci soit les dernières consignes officielles pour faire face à la crise sanitaire actuelle. En substance, c’est plutôt comme cela qu’Austin Crane, alias Valley Maker, décrit le contenu de son nouvel album.

Il faut dire que l’Américain a certaines prédispositions à penser ainsi. En parallèle à sa carrière de chanteur initiée sous le nom de Valley Maker au début de la décennie écoulée, Austin Crane, originaire de Caroline du Sud, a en effet suivi des études en géographie humaine, et a donc pu être sensibilisé à cette vision du monde. C’est pour poursuivre ce cursus qu’il s’était installé à Seattle, afin de préparer son doctorat à l’université de Washington. Mais en 2019, attachés à leurs racines, lui et sa femme Megan ont décidé qu’il était temps de retourner en Caroline du Sud, plus précisément dans la ville de Columbia où les deux avaient commencé leurs études. Ce déménagement a alors irrigué le songwriting d’Austin Crane pour son nouvel album, les inquiétudes, les questionnements mais aussi les espoirs que cela pouvait susciter.

Pour enregistrer ce nouveau disque, peu de temps après avoir emménagé en Caroline du Sud, le musicien est retourné dans l’Etat de Washington, dans la petite ville de Woodinville, au nord-est de Seattle. C’est là, au Way Out Studio de son ami Trevor Spencer, une ancienne écurie située dans les bois et reconvertie en studio d’enregistrement, qu’il s’est installé durant trois semaines pour concevoir son quatrième album. Accompagné de la fidèle Amy Godwin, qui collabore avec lui depuis ses débuts, et de quelques musiciens additionnels, il a pu peaufiner les arrangements et orchestrations qui font la richesse de ce disque.

Si ses deux premiers albums présentaient déjà un folk assez simple et plein de caractère, c’est surtout avec le troisième, paru en 2018 sous le joli titre de “Rhododendron”, que Crane a trouvé sa voie, et aussi sa voix, celle-ci évoquant un peu trop Robin Pecknold de Fleet Foxes sur les précédents disques. Cette progression est encore plus flagrante sur ce nouvel opus, notamment au travers de la grande qualité de son jeu de guitare, à dominante acoustique, marquant le rythme (aidé en cela par une batterie discrète sur la plupart des morceaux) avec quelques accords répétés en fingerpicking, mais capable aussi de belles variations prouvant alors sa grande agilité. S’y ajoutent la magnificence des chœurs d’Amy Godwin, qui nous subjugue bien souvent, et la volupté des orchestrations de bois et de cuivres qui ajoutent une dimension contemplative et élévatrice à l’ensemble.
Que ce soit avec une folksong chaleureuse, paisible et touchante qui nous fait nous sentir moins seul (“Instrument”), un rythme flottant qui nous berce doucement (“Branch I Bend”) ou une ballade qui nous maintient les pieds sur terre tout en nous mettant la tête dans les étoiles (“No One Is Missing”), nous sommes totalement conquis, y compris quand l’album, avec la chanson-titre, se termine en douceur, de manière calme et posée, par un chant à deux voix. Nous sommes également séduits par la voix d’Austin Crane, une voix qui a gagné en maturité, une voix à la fois douce et rugueuse, sensible et, en même temps, très robuste.

A travers elle, l’Américain délivre des paroles souvent abstraites, évoquant plus qu’exprimant des sentiments dans des textes la plupart du temps assez longs. Au travers de ceux-ci transparaissent quand même clairement le besoin et aussi la difficulté de se lier aux autres (“Human how my need for you / Keeps growing every day” sur “No One Is Missing”) ainsi que la nécessité de se reposer sur ce qu’on a construit pour avancer et faire face aux difficultés (“The sound I love, the life I’ve made / The branch I bend, but do not break” sur “Branch I Bend”). “Voice Inside The Well” parle également de la tuerie qui avait fait 58 morts à Las Vegas en 2017 et de la volonté d’Austin Crane de résister face à cette horreur, de ne pas l’accepter : “I must be alive inside the chaos / I must be alive to be the voice inside the well”.

Finalement, la beauté de cet album réside surtout dans son humilité. On ne sent jamais ici de volonté d’en faire trop. Dans l’ensemble, cette œuvre apparaît surtout comme un mélange d’ampleur et de recueillement, de virtuosité et de simplicité, d’élégance et de chaleur humaine. Comme Austin Crane le dit lui-même, l’album reflète ce qu’il a vécu et traversé durant sa conception, de l’incertitude autant que de l’espoir, ce qui se rapporte aussi à l’époque troublée que nous traversons et qui, comme l’évoque une chanson telle que “Pine Trees” au début du disque, peut constituer l’aube d’un changement et d’un renouveau.

A noter que, pour la promotion de son nouvel album, Valley Maker effectuera un concert visible, en streaming payant, sur Internet le 21 mars prochain.

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