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DiversInterviews

Un tour en ville #3

Les indépendants face à la pandémie

Dans le domaine de la culture, au sens large, le couvre-feu puis le confinement ont compromis bon nombre de spectacles et de publications. Jusqu’à poser la question de la pérennité de certains lieux de diffusion, de quelques structures indépendantes et de projets artistiques. Dans les grandes villes, au ralenti, nous interrogeons musiciens, acteurs des sphères indés et autres pour prendre le pouls de la cité. Malgré le marasme, l’espoir demeure et des initiatives se font jour… qu’il est urgent de soutenir.

Lyon

Sébastien Broquet, rédacteur en chef de l’édition lyonnaise du “Petit Bulletin”, hebdomadaire culturel gratuit et site Internet

Quelle était votre situation avant la crise ?
Avant la crise, “Le Petit Bulletin” était plutôt en bonne santé, après des années de… crise. 2008, plus la crise de la presse papier, avaient entamé la progression du groupe mais le directeur Marc Renau avait su diversifier les activités pour faire du “Petit Bulletin„ un groupe de presse et d’événementiel en plein essor : nous avions développé (je suis arrivé au “Petit Bulletin” il y a cinq ans) un pôle événementiel qui marchait très bien (le festival de street art Peinture Fraîche, le plus gros festival de bière artisanale du pays avec Lyon Bière Festival, Lyon Whisky Festival), une agence de communication et de production vidéo (Agence Tintamarre), et nous avions divers projets dans les médias pour continuer à développer cette partie aussi. À commencer par une nouvelle formule, avec évolution de notre ligne éditoriale, que nous préparions depuis des mois et que nous avons lancée… en septembre. Trois numéros et déjà en pause.

Quelle est votre situation actuelle ? Et celle de l’ensemble des acteurs de la musique indépendante à Lyon ?
Notre situation actuelle est compliquée, évidemment : nos principaux clients ont leurs salles fermées, notre réseau de distribution est out, tout le monde est en chômage partiel ou presque, et nous n’avons plus de parution print jusqu’à nouvel ordre. Et bien évidemment, pas d’événementiel programmé non plus pour l’instant. On compte sur le fonds d’urgence de la Ville de Lyon pour passer ce cap, ce qui sera indispensable sinon nous mettrons la clé sous la porte vu que nous ne répondons pas aux critères pour recevoir les aides de l’État. Injustement, étant gratuit, nous ne bénéficions d’aucune aide à la presse – ni en temps normal, ni en temps de crise – alors que d’autres gratuits comme “20 Minutes” en bénéficient, mais visiblement la presse indépendante et locale n’est pas la priorité de nos politiques qui préfèrent engraisser des gros groupes à coups de dizaine de milliers d’euros.
Et pour la situation des acteurs de la musique indépendante à Lyon, je ne peux parler à leur place, mais étant pleinement engagé dans l’Appel des indépendants, je sais que la situation est très, très morose pour tout le monde. Et que tous ne s’en sortiront pas même si la Ville de Lyon, et c’est louable, a pris le problème à bras le corps pour l’instant.

Avez-vous quand même des motifs d’espoir ?
Evidemment que nous gardons espoir ! Sinon ça fait longtemps qu’on aurait lâché l’affaire… Un média indépendant est plus que jamais important dans une cité en pleine crise de citoyenneté – on le voit avec les taux d’abstention énormes aux dernières élections, la désaffection du politique, l’éparpillement façon puzzle de notre société, et à l’heure où les politiques ont totalement oublié la notion de projet de société articulé autour de la culture (honte à eux !), il est d’autant plus crucial d’exister et d’agir pour tisser du lien, donner à penser, à se cultiver, à imaginer. 

Comment peut-on vous soutenir ?
En nous achetant de la pub ou en nous commandant des vidéos ! En nous lisant, bien sûr. En nous faisant travailler, en somme : nous ne réclamons pas l’aumône, juste la possibilité de faire notre métier, qui nous enchante.

Continuez-vous à travailler sur des projets en attendant une situation plus propice ? 
Bien sûr ! De nouveaux projets de festivals et d’événements, des formats d’articles, des formats vidéo… Bien sûr, on en profite pour préparer la suite car ce ne sont pas les idées qui manquent, mais bien plutôt le temps d’habitude !

Le site Internet du “Petit Bulletin” Lyon.

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