Loading...
InterviewsPlaylist

Sur la platine américaine de Tobin Sprout

Né en 1955, peintre, illustrateur, créateur de livres pour enfants et musicien autodidacte, l’Américain Tobin Sprout est surtout connu comme membre (de 1987 à 1997 puis de 2010 à 2014) des très productifs Guided By Voices de Robert Pollard, groupe majeur du courant lo-fi. Il est également l’auteur d’une discographie solo sporadique et confidentielle, qui a peut-être trouvé cette année son aboutissement avec “Empty Horses”. Cet album paru chez Fire, en vinyle et en CD accompagné d’un livre contenant paroles et reproductions de ses peintures, raconte en une demi-heure une histoire intime de l’Amérique – de la guerre de Sécession à aujourd’hui – à travers dix ballades folk de toute beauté qui évoquent les plus grands de ses pairs, de Bob Dylan à Neil Young en passant par The Band. D’où l’idée de lui demander une sélection commentée de dix chansons (qui s’avéreront dater essentiellement des années 60 ou du début des années 70) qui, sans avoir toutes un contenu social ou politique, disent simplement quelque chose de l’Amérique.

Dean Martin – “Everybody Loves Somebody Sometime” (1964)

« J’adore quand une chanson vous saisit dès ses premières notes. Comme sur “We Can Work It Out” des Beatles, le chant arrive au tout début. Pas de mise en place, pas d’intro, bam ! On est tout de suite
accroché. »

Glenn Yarbrough – “Baby The Rain Must Fall” (1965)

« Je pense qu’à l’adolescence, je pouvais m’identifier à cette chanson. C’était l’homme que je croyais vouloir être à l’époque : très cool, que rien n’allait arrêter. Dans ma tête, j’étais Steve McQueen. Cela s’est lentement estompé avec l’âge. »

The Ronettes – “Be My Baby” (1963)

« C’est la chanson pop parfaite. Superbe jeu de batterie de Hal Blaine, avec ce fameux rythme en intro qui revient vers la fin. Cette chanson dont chaque son touche l’âme montre combien la bonne musique peut nous faire ressentir de grandes émotions. La voix de Ronnie Spector est si profonde et si belle. »

Jimmy Webb – “Galveston” (1968-72)

« Jimmy Webb interpète ici lui-même sa chanson et sa version est très différente de celle de Glen Campbell. Elle est plus sombre et plus lente. J’aime ce contraste dans l’interprétation des chansons [selon les cas, “Galveston” a pu être considérée comme une chanson patriotique ou, à l’inverse, comme une protest song évoquant la guerre du Vietnam, NDLR]. Comme “Daydream Believer” de John Stewart par rapport à la version des Monkees, des chansons très différentes à l’arrivée. »

Bobby Darin – “If I Were A Carpenter” (1966)

« Un autre exemple d’une interprétation très différente de celle de l’auteur de la chanson, Tim Hardin en l’occurrence. J’adore l’atmosphère de ce morceau. La guitare jouée en open tuning lui apporte quelque chose de très maussade, et l’on peut entendre le son de la pièce où c’est enregistré. On a l’impression de quelque chose de très ouvert. »

The Beach Boys – “Don’t Worry Baby” (1964)

« Un morceau inspiré de “Be My Baby”, chanson pop parfaite comme je l’écrivais un peu plus haut, que les Beach Boys portent encore à un autre niveau. Un tapis d’harmonies se déroule depuis le début, et la voix principale surfe sur une vague de perfection. »

Bob Dylan – “George Jackson” (1971)

« Ce morceau est sorti en single [huit jours seulement après l’enregistrement ; Dylan l’avait écrit en hommage au leader éponyme des Black Panthers, tué quelques mois plus tôt par un gardien de la prison de San Quentin dont il tentait de s’échapper, NDLR], avec la version acoustique sur une face et celle enregistrée avec le groupe de l’autre. J’ai adoré ce format, avec ces deux interprétations de la chanson apportant des sensations différentes. Je me suis inspiré de cette idée pour mon single “Antietam” [paru en 2010, le morceau figurant également sur “Empty Horses”] »

The Byrds – “Eight Miles High” (1966)

« Les Byrds ont été mon premier groupe préféré, et voici une excellente chanson des débuts du psychédélisme. Il n’y a rien de tel que le son d’une 12-cordes électrique. Ils l’ont inventé. Je pense d’ailleurs que c’est ce que j’ai aimé ensuite chez Tom Petty. Il a continué ce son “folk rock” avec la 12-cordes, dans la continuité de ce qu’a fait Dylan quand il est passé à l’électrique, et l’a popularisé dans le monde entier. »

Harry Nilsson – “The Moonbeam Song” (1971)

« De belles harmonies et une belle chanson. L’une des meilleures d’Harry Nilsson. »

Bruce Springsteen – “Atlantic City” (1982)

« La mélodie et les paroles s’accordent parfaitement. Et le texte est très visuel : « Put your make-up on, put your hair up pretty, and meet me tonight in Atlantic City » (« Maquille-toi, fais-toi une belle coiffure, et retrouve-moi ce soir à Atlantic City »). Il arrive plein de choses moches aux personnages de la chanson, mais ils peuvent quand même s’échapper et profiter encore de la vie. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *