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Disques

Yo La Tengo – Sleepless Night EP

Collaboration entre l’artiste japonais Yoshimoto Nara et les Hobokenois : cinq reprises choisies et un titre neuf, dans une belle pochette et avec une gravure de face amusante.

Yo La Tengo est un groupe d’intellos et de nerds. Après nous avoir aiguillés sur la piste cinématographique anglophile et pop acide de Tom Courtenay et Julie Christie, nous avoir encouragés à nous taper les films arty-éducatifs du compatriote Jean Painlevé, les voilà, soulignant leur côté art fags, chargés de fournir un disque pour le catalogue d’expo de l’artiste japonais Yoshimoto Nara. La bande se fréquente depuis 2003 : sortie de concerts, DJ à l’occasion pour une expo… Les uns et les autres s’apprécient et se renvoient la balle.
Pour sa rétrospective au Los Angeles County Museum of Arts, Nara a demandé un truc spécial à Yo La Tengo pour agrémenter le luxueux et couteux catalogue (300 US$ !!! Il en reste… encore !) : six titres, dont un original et cinq reprises choisies par Nara. L’autre face étant remplie par des titres originaux sélectionnés par l’artiste (Donovan, Karen Dalton…). Comme couverture, une frise a-chronologique, chemin sinueux et passionné de l’artiste amateur chevronné.
Matador fait bien les choses et reproduit en partie l’objet agrémenté sur l’autre face d’une gravure de McNew (spirale de sillons malhabiles) et d’un dessin de Georgia en plus de la couverture originale. Ça va, on n’est pas trop lésés…

Yo La Tengo excelle dans l’art de la reprise, c’est entendu. Et si on avait fait la fine bouche devant l’officiel successeur de “Fakebook”, “Stuff Like That There”, on est ici au contraire dès les premières écoutes tout à fait repus. La forme courte, sans doute.
Yo La Tengo joue de son incroyable manière à s’approprier les titres. Blues doucereux, tricotages savants, nuages psychés travaillés en studio, sens du groove mou, et bien sûr, sélection impeccable…
Chose étonnante et à laquelle on n’aurait pas pensé à première vue, certains des titres ont été piochés dans les réserves du trio d’Hoboken.

“Blues Stay Away” a ainsi été enregistré à Nashville en 2011 quelques jours après le décès de Charlie Louvin. “Wasn’t Born to Follow” est issu d’une session de “Stuff Like That There”. “Smile a Little Smile for Me” du groupe britannique The Flying Machine fut enregistré pour la levée de fond de la radio WFMU en 2019. Sur la célèbre et très spéciale radio du New Jersey, on regardera avec profit le documentaire “Sex & Broadcasting”.

“Sex and Broadcasting: A Film About WFMU” from Factory 25 on Vimeo.

Plus précieux : “It Takes a Lot to Laugh” provient d’une session de, attention tenez-vous bien, “And Then Nothing Turned Itself Inside-Out”, enregistrée initialement pour un John Peel Birthday Show. Et effectivement, ces machines qui grésillent sur les mots de Dylan, c’est grand. On retrouve ce son de désert, d’atmosphère de douces nuits chaudes, bercé par Georgia, capturé par Roger Moutenot.
Autre merveille du disque, la seule composition originale, “Bleeding”, aqueuse et épaisse, percée par une guitare cristalline, dans laquelle se perd la voix d’Ira.
Clin d’œil à l’artiste : un enregistrement de “Roll On Babe”, cover de la version de Ronnie Lane (Faces) que Georgia avait sélectionnée lorsqu’elle s’était trouvée derrière les platines pour une expo de Nara en 2003.
En écho de la pochette, Ira n’est pas avare d’anecdotes sur les titres et leur enregistrement, évoquant notamment sa première rencontre avec la chanson des Byrds, “Wasn’t Born to Follow”, lors d’une séance d’Easy Rider au cinéma avec sa mère et ses copains suffisamment âgés pour voir le film. Le popcorn était-il trempé dans l’acide ? Ira, malheureusement, ne le dit pas…

Reste que Yo La Tengo, en fond de tiroirs comme nouveautés, demeure un étalon de la qualité indépendante, cool et bruitiste… depuis 36 ans.
Puisqu’on est dans les comptes, « Electr-o-Pura » fête ses 25 ans et Matador ressort le mythique album de 1995 en format double vinyle. On pourra le commander ici.

Plus amusant, Yo La Tengo nous invite à partager ses recettes de cuisine et sort en vinyle quelques improvisations, aux titres savoureux (« James and Ira demonstrate mysticisim and some confusion holds (Monday) »), sur « We Have Amnesia Sometimes » disponible sur bandcamp et bientôt en LP.

Cinq essais extraits de cinq jours d’improvisation pendant le confinement qui resteront en l’état et n’atteindront jamais l’âge adulte. Yo La Tengo nage dans sa compote sonore comme les daphnies de Painlevé dans “The Sounds of Science”. C’est un document pas toujours passionnant, mais du moins fort intéressant pour qui s’intéresse à la popote de Yo La Tengo.

Avec l’aide de Johanna D., électropurée.

Blues Stay Away
Wasn’t Born to Follow
Roll On Babe
It Takes a Lot to Laugh
Bleeding
Smile a Little Smile for Me

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