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Disques

Feldup – A Thousand Doors, Just One Key

Nouvelle signature de l’irréprochable label bordelais Talitres, Feldup signe à 18 ans son… 10e album (!!), mais le premier susceptible de lui apporter une reconnaissance et un public moins confidentiels. Avec le superbe “A Thousand Doors, Just One Key”, l’autodidacte franc-comtois fait preuve d’une étonnante maîtrise et d’un savoir-faire déconcertant, prouvant que, décidément, le talent n’attend pas le nombre des années.

Pour être tout à fait honnête, nous n’avions jamais entendu parler jusqu’ici de Félix Dupuis, aka Feldup. Pourtant, le jeune homme tout juste entré dans l’âge adulte a depuis longtemps su utiliser à bon escient Internet. Sa chaîne YouYube lui permet de s’aventurer dans le son, les sons, les styles et compte pas moins de 150 000 abonnés. Comme souvent, Talitres a eu le nez creux et nous a mis l’eau à la bouche, car ce label ne se trompe jamais.

Au grand jeu des références et des comparaisons, si apprécié des critiques, Feldup représente un champ infini de possibilités. Mais à la première écoute, dès le premier titre, nous avons tout de suite pensé aux premiers albums des New-Yorkais de Clap Your Hands Say Yeah : même voix habitée et légèrement étouffée, prête à dérailler à tout moment mais toujours dans les clous, portée par une musique un peu bancale. Enfant des années 2000, Feldup semble avoir grandi au son des grands albums du début du millénaire. Des références assumées et bien digérées. The Strokes (période “Room on Fire”, 2004) s’invitent sur le tube potentiel “Falling Apart”, avec son gimmick de guitare et son refrain catchy. On pourrait même citer, soyons fous, le Midlake du premier EP, “Grand Army” (2001).

Lorsque Félix Dupuis ralentit le rythme, l’ombre de Radiohead (période “Amnesiac”, 2001) plane, notamment sur “Take It Slow”, “So Heavy” ou “The Spiral”, superbe chanson d’amour, avec ses arpèges aériens, aux faux airs de Sébastien Schuller.

Mais Feldup, c’est plus qu’un simple empilement de références, aussi bonnes soient-elles. Certains titres claquent comme une bonne gifle, à l’instar de ce “Mental Health” qui nous entraîne dans une danse désabusée avec sa basse froide comme la glace. Et surtout, sur la fin de l’album, l’artiste fait preuve d’une maîtrise totale de son art. Les trois derniers titres sont des longs formats qui tiennent méchamment la route sans jamais s’essouffler. La voix ne se cache plus derrière les effets et Feldup se livre totalement. Sommet de l’album, “Stockholm”, avec ses 11 minutes bien sonnées et sa guitare fuzz, devient une chanson en trois actes avec épilogue qui nous prend aux tripes sans jamais nous lâcher. Impressionnant.

Dans ses textes, Feldup nous fait part de son mal-être, ou peut-être celui d’une génération. Les échecs, l’impossibilité de communiquer, le sexe, l’amour, le rapport aux autres, le passé, l’enfermement physique et mental jalonnent “A Thousand Doors, Just One Key”. « We should erase all our memories / They poisoned our hearts (…) I’m slowly destroying myself / Becoming what I hate / Building my own hell / But I can’t communicate » chante-t-il sur l’introductif “Century Long Fire”. Feldup réinvente le no future. On va pourtant parier sur le sien.

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