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Disques

Edith Frost – Nothing Comes Around

Trois titres inattendus de la grand-mère sans moustaches de l’autre folk indé. Je veux vieillir comme Edith Frost.

Lorsque notre collègue Vincent Arquillière a décidé de publier des “Raretés confinées”, on s’est dit que c’était une riche idée. Et sans regarder sa sélection, j’aurais opté pour “It’s a Game” d’Edith Frost… sans savoir que la première exhumation de l’ami Vincent était le morceau “Temporary Loan” de 1997 !
“It’s a Game” est un album idéal pour le confinement. Il a fait ses preuves : il a sauvé une amie très chère en pré-bad trip sous champignons hallucinogènes corsés. Le vinyle a tourné toute la nuit, réconfortante bouée sonore dans un océan de sensations vives. L’amie n’a pas chaviré, c’est dire le pouvoir de la dame. Faites l’essai sur vous-mêmes, vos proches, vos enfants : effet calmant garanti. Edith Frost est le pendant sage et lumineux d’une Scout Niblett, d’une Chan Marshall (Cat Power) débarrassée de ses démons et agitations. Un clavier, des cordes graves (une contrebasse), une voix magique comme on en trouve chez les Carter ou les Carole King. Pas de triche, de la simplicité. Quinze ans plus tard, c’est toujours confondant d’efficacité et de réconfort.
On oublierait même qu’on l’a suivie à cause d’une reprise époustouflante d’André Herman Düne sur son album génial de covers “gender studies”, Brother Morphine (au milieu de Bronski Beat, Laurie Anderson, Stina Nordenstam ou Björk).
Coïncidence encore plus étonnante : le monde entier a reçu ce week-end dernier des nouvelles d’Edith Frost par l’intermédiaire de la newsletter de Drag City. Trois titres disponibles sur les plates-formes numériques, ses premiers depuis… quinze ans ! Dont deux reprises, évidentes, de Jimmie Rodgers (“Ben Dewberry’s Final Run”) et de… The Carter Family bien sûr (“Will You Miss Me When I’m Gone”).
Edith n’a pas changé. Tout juste s’est-elle transformée un peu plus en grand-mère du folk qu’elle était déjà auparavant. Elle nous apparaît en Bécassine lo-fi, polaire verte et masque (soutien-gorge ?) noir sur les oreilles. Hors-temps total. La magie, cinglée, d’Austin, Texas.
Que nous dit-elle ? “Nothing Comes Around”, seule composition originale du lot, est une chanson d’absence, de procrastination peut-être aussi, une carte postale pour nous prévenir qu’elle fait toujours de la musique, malgré tout. On pense à Julie Doiron, fantastique mère de famille ET folkeuse de choc.
Edith nous laisse dans des chœurs qui sont comme autant de chuchotements. Tout cela sent le bricolage maison, le calme créatif, le swing du rocking-chair sous le porche, la douceur et aussi la folie douce. Ce n’est pas aussi essentiel et solaire que “It’s a Game”, peut-être un peu plus douloureux, mais c’est pas mal.
On retrouve, dans des crédits discrets, Jim White de Dirty Three à la batterie. Voyez que la gentille dame fait dans la dentelle. Vivement l’album.

Dédié à celle qui comprit, un soir, les couleurs.

Nothing Comes Around
Will You Miss Me When I’m Gone
Ben Dewberry’s Final Run

Nothing Comes Around est paru chez Drag City et sur différentes plates-formes numériques le 4 mai 2020.

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