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Disques

Cabane – Grande est la maison

« De la pertinence du titre pour qualifier un disque ». Tel aurait pu être l’intitulé de cet article, tant l’album dont il est ici question est grandement résumé par son titre, et tant, sur ce disque, l’hôte des lieux accueille un grand nombre d’invités qui s’y sentent comme chez eux.

L’hôte en question s’appelle Thomas Jean Henri. Ce musicien et photographe belge ne nous est pas inconnu puisque nous avons déjà pu le croiser derrière sa batterie, au sein du groupe Venus, sur leurs deux premiers albums. Avec la chanteuse Aurélie Muller, il a ensuite formé le duo Soy un Caballo, auteur d’un unique album, “Les Heures de raison”, en 2007. C’est en 2015 qu’il a lancé le projet Cabane, mêlant musique, photo et vidéo.

Cette année-là, Cabane a sorti le single “Sangokaku / La Gomera”, suivi de “Wooden Home / Here in the Wind” en 2017. Ces singles accueillaient déjà le casting prestigieux que l’on retrouve sur l’album qui nous intéresse. Soit rien de moins que l’Américain Will Oldham alias Bonnie “Prince” Billy et l’Anglaise Kate Stables (This Is The Kit) au chant, l’Irlandais Sean O’Hagan (Microdisney, The High Llamas) aux arrangements, la Française Caroline Gabard et l’Anglais Sam Genders (Tunng, Diagrams) à l’écriture des textes ainsi que l’ensemble basque Bost Gehio aux chœurs. Quant à Thomas Jean Henri, il tient la guitare et se charge des compositions.

La Cabane est donc immense et cosmopolite. Pour la partie photo du projet, l’album s’accompagne de deux séries de photographies : “Qu’as-tu gardé de notre amour ?” présentée en 2018 à Bruxelles et “J’ai toujours cherché à fuir ceux que j’aimais” exposée en 2020 dans la capitale belge également. Pour la partie vidéo, il y a les clips, bien sûr, mais aussi un court documentaire dans lequel Thomas Jean Henri interroge des amis et proches tels que Charles Berberian, Sylvain Chauveau ou François Marry alias Atlas. Il leur demande notamment de donner leur avis sur cet album qu’ils n’ont pas encore écouté !

Le disque en question perpétue une tradition de folk orchestral, dans un style parfois proche de Nick Drake, où la guitare acoustique de Thomas Jean Henri, véritable colonne vertébrale du disque, que l’on retrouve sur chacun de ses dix morceaux, sait nous émouvoir, nous attendrir, nous rassurer aussi. Elle est accompagnée par les voix de Will Oldham (au timbre plus doux et clair qu’à l’accoutumée) et Kate Stables qui chantent en duo ou séparément, le vibraphone de Sean O’Hagan, le chœur Bost Gehio ainsi qu’un quatuor à cordes qui les accompagne sur presque tous les titres, même s’il se révèle parfois un peu envahissant. On est quand même séduit par l’ambiance douce et délicate du premier tiers du disque où Will Oldham et Kate Stables savent à tour de rôle nous cajoler, toujours bien entourés.

Sur “Easily We’ll See”, Kate Stables nous berce littéralement, discrètement accompagnée par l’ensemble Bost Gehio. Après le court instrumental “Îlot (Part II)”, on entre alors presque en lévitation avec “By the Sea” à l’ambiance quasi cosmique, et surtout “Take Me Home (Part I)”, somptueux morceau où les voix de Will Oldham puis de Kate Stables sont magnifiées par le chœur Bost Gehio qui les enveloppe littéralement. On a alors l’impression de voler, de planer. Cette impression s’accentue avec “Take Me Home (part II)” qui, après un nouvel instrumental de courte durée (“Îlot (Part III)”), apparaît donc comme la suite voire une nouvelle version du morceau précédent, où Will Oldham, cette fois seul au chant, mais accompagné de l’ensemble Bost Gehio, nous transporte véritablement. Pour finir, nous redescendons tranquillement avec Kate Stables et la chanson “Until the Summer Comes” à l’ambiance plus bucolique et terrienne.


A travers Cabane, projet auquel il aura consacré plusieurs années de sa vie, Thomas Jean Henri nous reçoit donc avec douceur et volupté. On se sent en sécurité dans cette maison grande et accueillante, la maison étant d’ailleurs, ça n’étonnera personne, le thème récurrent habitant les paroles, qu’elle fasse office de refuge (“Sangokaku”) ou de lieu de conflits (“Take Me Home (part I)”). Chaque maison a son histoire, celle-ci a su nous charmer.

Photo : Jean Van Cottom

Tu ne joueras plus à l’amour
Now, Winter Comes
Easily We’ll See
Îlot (Part II)
By the Sea
Take Me Home (Part I)
Sangokaku
Îlot (Part III)
Take Me Home (part II)
Until the Summer Comes

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