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Bilans annuels

Bilan 2019 – Rééditions

Quelques disques revenus dans les bacs en 2019.

Peter Astor – Paradise

En 1992, outre-Manche, le rock se doit d’être bruyant (“noisy”) ou de frayer avec des rythmiques dance. Autant dire que le songwriting méticuleux et la voix douce de Peter Astor (il n’avait pas encore supprimé le “r” de son prénom) ne sont pas franchement tendance, et c’est d’ailleurs sur un label français, Danceteria, que sort alors le troisième album de l’ex-Weather Prophets, accompagné par quelques dates hexagonales mémorables. Trouvant le parfait équilibre entre pop accrocheuse (l’essentiel de la première face, avec notamment les excellents “Almost Falling in Love” et “She Took the TV”) et ballades mélancoliques, le bien nommé “Paradise” est sans doute l’un de ses plus beaux disques. Depuis longtemps introuvable ailleurs que dans les bacs d’occasion et les marketplaces du Net, l’album a été réédité par le label allemand Tapete, ce magnifique repaire de vétérans (il nous a aussi offert cette année les nouveaux Robert Forster et Monochrome Set). Ce fut même l’occasion pour Peter Astor de réunir le groupe avec lequel il l’avait enregistré, The Holy Road (où se distinguait notamment à la guitare le brillant Wilson N. Scott), pour quelques concerts en appartement chaleureux et émouvants.



Blueboy – If Wishes Were Horses

On n’a pas oublié Blueboy, l’un des groupes majeurs du label Sarah records dans les années 90, et peut-être celui, avec les Field Mice, qui aura produit la musique la plus variée. Culte et depuis longtemps introuvable en vinyle à un prix abordable, son premier mini-album de huit titres, “If Wishes Were Horses” (1992), a été réédité sur le petit label A Colourful Storm. On s’est ainsi replongé avec bonheur dans cette indie pop de station balnéaire anglaise, aussi modeste qu’inspirée, où alternent voix masculine (Keith) et féminine (Gemma). Mais derrière la douceur des guitares acoustiques presque bossa se cachent des blessures secrètes, et même, sur le curieusement titré “Fondette”, un portrait particulièrement désenchanté du “green and pleasant land” (“the fields are covered in concrete now, the countryside is dead” et, plus loin, “let them tell you what to do, control the way you think”) qui prend aujourd’hui une étrange résonance. Grand petit disque.


The Dream Syndicate – The Days of Wine and Roses

Après l’avoir cherchée vainement à Paris, on a fini par dégoter cette belle réédition du mythique premier album du Dream Syndicate (1982) – sortie pour le Disquaire Day – au Rough Trade Shop de Brooklyn, juste avant un concert des Feelies dans la salle attenante, en mai dernier. Comme un symbole, tant ces deux groupes auront été une influence souterraine sur tout le meilleur college rock américain, de R.E.M. à Luna. Accompagné ici du premier maxi du groupe et même d’un repressage en fac-similé du rarissime 45-tours de 15 Minutes (l’éphémère trio antérieur de Steve Wynn), “The Days of Wine and Roses” sonne avec autant d’urgence et de tranchant qu’au premier jour. Comme le Gun Club ou Birthday Party à l’époque, les Californiens jouaient simplement la musique qu’ils avaient envie d’entendre dans un monde dominé par une pop synthétique souvent inoffensive. Un rock à guitares abrasif, héritier (mais pas décalque) du Velvet, de Television, de Neil Young and Crazy Horse et du psychédélisme sixties. Cette réédition n’aura pas été l’unique sortie du Dream Syndicate cette année : “These Days”, nouvel album n’ayant pas grand-chose à envier à leurs classiques des années 80, aura montré que le groupe, toujours aussi impressionnant sur scène, n’avait rien perdu de sa pertinence et de son mordant.



Catchers – Mute

En 1994, Bernard Lenoir (et une grande partie de ses auditeurs avec lui) se prenait de passion pour un jeune groupe irlandais. Alors que s’annonçait la Britpop avec ses guéguerres d’ego et son anglocentrisme, les Catchers nous touchaient par leur lyrisme à fleur de peau et l’alliance parfaite des voix de Dale Grundle (auteur des chansons) et Alice Lemon. Après les EP “Shifting” et “Cotton Dress” (chanson qui restera leur classique), le premier album “Mute”, au répertoire assez varié allant de la ballade acoustique aux guitares presque shoegaze, confirmait le talent précoce des quatre amis et se taillait une place de choix dans le cœur des fans d’indie pop. Le groupe n’allait malheureusement pas concrétiser ces belles promesses, ne publiant son deuxième album qu’en 1998, avant de tirer sa révérence. Son leader reviendra quelques années plus tard sous le nom de The Sleeping Years, sortant une poignée de EP aux pochettes faites main (avec notamment une de ses plus belles compositions, “You and Me Against the World”) puis un album chez Talitres. Les Catchers seraient sans doute restés un souvenir des années 90 si un ami français de Dale ne lui avait proposé de rééditer “Mute” 25 ans après sur son label Les Disques du 7e ciel, dans un double vinyle luxueux qui ajoute à l’album les deux premiers EP. Un bonheur n’arrivant jamais seul, Dale et Alice ont rejoué ces chansons immortelles en duo acoustique lors de concerts en appartement qui nous donnèrent l’impression de retrouver de vieux amis trop longtemps perdus de vue.




Protomartyr – No Passion All Technique

Il ne s’agit pas vraiment d’une vieillerie puisque ce premier album de Protomartyr, au titre sans doute ironique, était sorti en 2012 sur le label Urinal Cake (sic). Mais, pressé à peu d’exemplaires, il avait été vite épuisé et atteignait des sommes astronomiques sur Discogs (c’est d’ailleurs toujours le cas pour les exemplaires originaux). Une réédition s’imposait donc, dont Domino s’est chargé avec son soin habituel : vinyles de diverses couleurs (il y a aussi une édition CD), morceaux bonus en MP3, minifanzine joint contenant des collages et les textes des morceaux. Le son de “No Passion All Technique” est assez brouillon et les compositions, souvent brèves, s’inscrivent dans une veine garage-punk plutôt classique dont les quatre de Detroit s’éloigneront peu à peu. Mais on y entend déjà tout ce qui allait faire de Protomartyr l’un des groupes les plus vitaux de la décennie, en premier lieu ce mélange de rage et de désenchantement qui s’exprime à travers la voix de Joe Casey et qui prend immédiatement aux tripes.

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