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Disques

Fennesz – Agora

Déjà quatre ans depuis le dernier album de Fennesz, « Becs ». On ne pensait pas le revoir de sitôt et on a même loupé, et pourtant !, un « Mahler remix » (2016), projet trimbalé sur quelques scènes du monde. C’était entendu pour nous, « Becs », avec ses tentatives de sortie de pistes, n’était qu’un dernier soubresaut. Pourtant, Christian nous enchante encore en nous baladant dans son « Agora », sorti chez Touch.

Ça peut paraître étonnant mais Fennesz travaille dans le champ pop. Une pop marginale, déconstruite et délavée à grands coups de javel de Max/MSP mais pop tout de même. Ainsi Fennesz travaille sur le format album et avec des formats de titres calibrés sur les anciens standards. Ça peut échapper même aux plus ardus suiveurs de Fennesz. « Agora » est donc son premier album ambient avec des pistes longues, dépassant toutes les 10mn.

À l’origine du processus créatif, la perte de son studio et le rapatriement de son matériel chez lui. Manque de place, flemme de tout rebrancher, Fennesz a pris en main ces contraintes pour créer des titres bidouillés comme ses premiers enregistrements dans sa chambre, avec son casque. Et il laisse le temps au temps. Les titres s’étalent comme s’il avait laissé traîner ses couleurs, mettant ses anciens fonds au premier plan (« In my room » mais surtout « Agora »). De même, il laisse apparaître ses accords de guitares çà et là, comme autant de coups de brosses. C’est in fine ce qui se dégage dans le Fennesz vieillissant : retrouver la physicalité de sa musique, le squelette rock ou pop, sinon dans la composition au moins dans les matières, notamment dans les titres qui ferment les faces (« Rainfall » et « We Trigger the sun »).

Sur « In my room », on apprécie les frottements dans les basses, les aigus qui balayent le spectre. Des ondes de basses et de sons qui rappellent le travail de Vangelis pour Blade Runner.

Sur « Rainfall », s’agit-il de field recordings de foule ou de guitares retraitées dans la reverb (ou, simplement comme l’indiquent les notes de pochette, de la voix de Katharina Caecilia Fennesz) ? On aime le retour des guitares presque franches du collier (4mn), avec des traces d’attaques dans le brouillard qui crépitent en feux d’artifice sur des basses rondes.

« Agora » est le titre le plus étonnant, le plus spartiate, le moins coloré. Des échos, des brumes (Field recordings Manfred Neuwirth) sur des éclats de sons typiquement Fennesziens. Et de belles basses. C’est un titre assez fantomatique, vraiment brossé. Là encore, une voix (Mira Waldmann) se cache dans ces volumes de cathédrale sonore.

« We Trigger the sun » est un camaïeu de grisailles sur rayons lumineux, avec des modulations de fréquences comme autant de balayages lasers. Après une étrange accalmie vers les 3´08, on découvre un beat presque dub et des accords désagrégés.

Oui, après toutes ces années, Fennesz de retour dans des conditions de home studio sait encore nous surprendre avec sa palette éternelle.

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