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Disques

Joep Beving – Henosis

Joep Beving - Henosis
Avec ce quatrième album, le Néerlandais Joep Bening donne une autre dimension à sa musique, que pourra qualifier pour aller vite de néo-classique.

Peut-être que le nom de Joep Beving ne vous dit pas grand-chose car il est vrai que la scène néo-classique est quelque peu encombrée, en particulier du côté des pianistes solistes. On citera au hasard Dustin O’Halloran, Nils Frahm ou encore Chilly Gonzalez. Joep Beving, bien que prolifique, reste encore méconnu. Car « prolifique » reste bel et bien le terme qui lui convient le mieux. Quatre albums depuis 2015, soit un par an, excusez du peu. De l’inaugural « Solipsism » tout en intimisme et en piano étouffé, on retient surtout de grands frissons avec un univers qui doit autant au minimalisme qu’à l’école romantique. « Prehension » (2016) creusait le même terreau. C’est à partir de « Conatus » (2018) que Joep Beving commença à ouvrir les fenêtres pour intégrer quelques éléments de musique électronique. 

« Henosis », son quatrième album, double, prolonge les envies de 2018. Le disque est à la fois plus ouvert et volontiers complexe, piochant tant dans la philosophie platonicienne ce concept d’unité que dans des images sombres et martiales, celle d’un monde en décomposition. 

Introspective et spirituelle, la musique de Joep Beving se déploie ici beaucoup plus que sur ses autres disques, piochant ici dans les réminiscences d’un Gustav Mahler, là dans les tréfonds les plus obscurs du « Dionysus » (2018) de Dead Can Dance. Ses 90 minutes constituent une parenthèse qui ressemble parfois à un miroir de nos effrois contemporains.

La musique néo-classique a cette capacité à réunir des publics qui ne se retrouvent que rarement, venus de la pop, de l’lelectro ou du rock comme de la « grande musique ». On se retrouve alors dans un jeu de vases communicants : on pioche ici des effluves du répertoire classique, là des élements de rythmique électronique. L’un se nourrit de l’autre. Prenez par exemple le travail de Nils Frahm qui doit autant à la musique répétitive (Philip Glass, Steve Reich, etc.) qu’aux disques ambient d’Aphex Twin. 

Pour que ce courant puisse se renouveler, sans doute lui faut-il s’acoquiner dans d’autres genres. On rapprochera « Henosis » dans son audace instrumentale de « Three Worlds Music from Woolf Works » (2017) de Max Richter. Dans ses parties les plus électroniques, « Henosis »  montre aussi une parentalité possible avec les travaux de feu Edgar Froese de Tangerine Dream. 

Le minimalisme des débuts s’estompe souvent au profit d’un maximalisme et d’un lyrisme sec. A force d’être volatile et impalpable, la musique de Joep Beving parvient avec une belle élégance à s’affranchir de ses influences (Franz Liszt, Arvo Pärt, Franz Schubert) et distille des climats contemplatifs (« Into The Dark Blue »), parfois funèbres (« Klangfall »), au mysticisme porté par le choeur du Capella Amsterdam (« Aeon »). « Henosis », c’est bien plus qu’un voyage, c’est une odyssée constituée d’images mentales disparates, les ruines d’Alep, un Federico Mompou fatigué qui caresse son piano, deux corps qui se frôlent dans la pénombre d’une chambre. 

C’est un disque rare, d’une grande élégance et d’une sobriété qui ne tourne jamais à la sécheresse. On ne refusera pas une aussi belle invitation.

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