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Disques

Boyarin – Boyarin

Boyarin - Boyarin

Boyarin réalise le tour de force de nous offrir une œuvre singulière bien que multi-référencée. Pas facile de décrire de façon clinique ou rationnelle une musique aussi organique, parfois orgiaque.

Après un premier EP remarqué en 2010  « Emergencies », « Boyarin » est le premier album de…Boyarin. Y figurait déjà l’extraordinaire « Emergency Exit », pièce-maîtresse du système. Ce titre sonne comme une profession de foi, une délicate gifle en guise de déclaration d’intention.
A la première écoute, on semble pénétrer dans une société secrète. Les loges sont accueillantes, les codes, simples d’acquisition. On voyage en principauté de Boyarin, un verre de Campari à la main. Le train reste la meilleure option, histoire de profiter pleinement des visions hallucinées, transportés que nous sommes par cette voix de femme-enfant. On a cessé de battre monnaie mais les drapeaux flottent fièrement au-dessus du Quai Lewis Carroll (siège de la diplomatie boyarine).
« Fungus » ouvre le bal : on part bien à la cueillette des champignons. L’apéritif idéal, qui annonce un long trip. Une promenade riche en rebondissements. Des accents roubaisiens, quelques réminiscences sud-américaines : le Temple du Soleil à la sauce Jodorowsky.
Le disque regorge ainsi de brillantes codas, vrais-faux épilogues : « Useless Lights » : un slow dating réunissant Roger Hodgson, Chafik Mohammedi (Lighthouse, autre groupe hexagonal et miraculeux) et même Neil Hannon qui rapplique avec une caisse de champagne rosé. Une musique à la fois énigmatique et familière. Fulgurances marijuanesques, art de la fugue pop ? « Progénitures » : Bach nommé DRH chez Warp.
L’album explore les tréfonds de la psyché. On se balade dans le corps de l’auditeur, tel Martin Short dans « L’Aventure Intérieure ». On imagine volontiers le compositeur manipulant fioles et tubes à essai dans son laboratoire des faubourgs de Boyarinville. Mais que cherche-t-il ? Un antidote aux maladies ultramarines ? Cette jungle luxuriante mais hospitalière, (sur)peuplée de créatures étranges, vous accueille à bras ouverts : « Rafflesia »(vous savez, la gigantesque fleur tropicale) achève de vous convaincre de prendre la nationalité boyarine. « Nectars, liqueurs et philtres auront bientôt raison de moi » comme chantait cet obscur poète breton, soldat inconnu de la prose libre et inspirée.
Et ces textures savamment agencées : ici un clavecin sautillant, là un Moog rutilant, forment de magnifiques nuages de chantilly au-dessus de nos cerveaux éreintés par tant de stimuli.
Dans « You » : Brian Wilson revit le divorce d’ABBA. Puis au détour d’ « Impossible Corners », on jurerait entendre Peter Gabriel et Kate Bush roucouler dans le studio de Left Banke. De la félicité en spray.
Et cette « Grande-Garabagne » qui vous prend par surprise, tel un Marsupilami lysergique sous influence « La Femme d’Argent ». Enfin, pour les fans hardcore, n’omettons pas les inénarrables bonus tracks : « Endophasie » par exemple : un long dialogue intérieur qui excède les 20 minutes !
« Boyarin » est déjà un grand album de 2016, toutes catégories confondues.
Laissez-vous emporter par ce tourbillon (1000 idées par chanson, bon ratio).
« L’humanité reconnaissante » pourra-t-on graver sur l’épitaphe de l’auteur.

 

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