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Disques

Creation Artifact – The Dawn of Creation Records 1983-1985

Creation Artifact - The Dawn Of Creation Records 1983-1985Retour à travers un somptueux coffret sur la naissance d’un des meilleurs labels indépendants de son époque, Creation Records, marqué par la vision de son créateur qui se rêvait en nouveau Malcolm McLaren.

 

 creation labels

 

Avant de s’attaquer au contenu de ce coffret qui retrace les trois premières années de Creation Records, revenons rapidement sur les années qui ont précédé le lancement du label. Remontons jusqu’en 1977, année où, rien de très original, Alan McGee s’est ramassé une énorme claque lorsqu’il a réussi à mettre la main sur le premier single des Sex Pistols. Au lieu de se teindre les cheveux en vert, d’adopter un chien et de vivre dans un squat, McGee préfère retenir le plus important de ce mouvement, son état d’esprit. En parallèle à des jobs alimentaires, il intègre la scène locale de la terne Glasgow à travers plusieurs formations. Sans grand succès.

Tenace, il tentera malgré tout un nouveau pari en déménageant à Londres en 1980 avec Andrew Innes (futur Primal Scream) et en formant le groupe The Laughing Apple. Tombé gravement malade, Innes rentrera à Glasgow un an plus tard. Seul mais pas à court d’idées, McGee va lancer une soirée baptisée “The Living Room” dans un pub à Tottenham Court Road. Toute la scène indé de l’époque y sera bookée, se produisant dans des conditions minimales. Les journalistes, attirés par ce nouveau buzz, se passent le mot et viennent de plus en plus nombreux à chaque soirée.

mcgee living room

Dan Treacy et Alan McGee au Living Room

Frustrés d’avoir raté le mouvement punk, ils décideront de faire de McGee et du Living Room la fondation de leur scène à eux, l’indie pop. L’Ecossais se rendra rapidement compte que son avenir dans la musique ne se situe pas forcément au sein d’un groupe. Le succès de la soirée est tel que c’est avec l’argent récolté grâce au club que McGee va pouvoir réaliser son “masterplan” : fonder un label, Creation Records (en hommage au groupe sixties Creation dont il est un énorme fan). Ne reste plus qu’à piocher parmi les groupes qui ont écumé le club pour alimenter le catalogue du label.

La première sortie, “73 in 83”, est un single du groupe The Legend ! (le journaliste Everett True assisté par Alan McGee pour l’occasion). Le morceau titre dure 70 secondes et sera, étrangement au regard de la renommée de McGee à l’époque, complètement ignoré par la presse. Le jeune patron de label avouera par la suite avoir honte de ce single et avoir failli ne pas prolonger l’aventure Creation à la suite de cet échec. Le disque de trois titres reflète pourtant bien l’état d’esprit punk cher à McGee. Très peu d’instruments, un chant approximatif, une pochette pliée à la main, en résumé, un esprit très DIY.

 Six mois plus tard, il prolongera tout de même l’aventure avec quatre singles sortis en l’espace de deux mois. Deux d’entre eux comprennent McGee au générique (les byrdsiens Revolving Paint Dream et les plus pop Biff Bang Pow!, qui marquent également le retour d’Andrew Innes). Si le label commence à faire parler de lui, ce sera plutôt grâce aux deux autres singles, le “Think” des Jasmine Minks et le “Something Going On” des Pastels qui finiront single de la semaine en Angleterre. Deux classiques instantanés qui, comme le reste du catalogue à cette époque, ne se vendront pourtant pas à plus de 700 exemplaires. 1984 sera également l’année de la signature d’un groupe qui fera date dans l’histoire de l’indie pop, The Loft. Leur single “Why Does the Rain” a beau avoir été enregistré pour 100 livres seulement, avec un Peter Astor malade comme un chien, il a pose les jalons d’une pop anglaise racée, inspirée par le rock américain (Television, le Velvet…), pour des générations à venir.

Pourtant il faudra attendre la douzième sortie du label, le légendaire “Upside Down” de The Jesus and Mary Chain (qui ouvre le deuxième CD), pour que tout décolle vraiment. Grâce à des articles dans la presse sur la violence lors de leurs concerts qui ne duraient pas plus de 15 minutes, et à une rotation lourde chez John Peel, le single sera le premier gros succès de Creation, les précommandes atteignant même 20 000 exemplaires. C’est Bobbie Gillespie, à qui un ami avait prêté une cassette d’un bootleg de Syd Barrett sur laquelle se trouvaient des maquettes du groupe en face B, qui a fait découvrir le bruit blanc passé à la sauce Spector des Jesus and Mary Chain à McGee. Gillespie deviendra par la suite leur batteur avant de tenter sa chance en tant que frontman avec son propre groupe Primal Scream.

Tout semble aller pour le mieux pour le label au moment de la sortie du EP de The Loft, “Down the Hill and up the Slope”, qui confirme haut la main les promesses de leur premier single. Le groupe se lance dans une tournée dans le but d’élargir son audience. Le succès critique est au rendez-vous, on promet un bel avenir au groupe, mais Peter Astor préfère quitter The Loft en plein milieu d’un concert, les tensions au sein du groupe étant devenues insupportables. Coup dur pour le label qui continue néanmoins ses publications avec “God Bless”, premier single prometteur des Bodines, un groupe de Manchester sur la trace des Bunnymen, et “All Fall Down”, premier single de Primal Scream.

 Passé quasiment inaperçu à l’époque, le single des Scream sonne comme du Sarah Records avant l’heure. Malgré un manque de promotion, il donnera naissance à un petit culte éphémère autour du groupe, qui attendra encore quelques années avant de cartonner. Meat Whiplash, nouvelle signature du label qui sortira son seul et unique single sur Creation, est le groupe qui effectuait les premières parties des Jesus And Mary Chain à l’époque. Et ça s’entend, sans rester déplaisant.

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Les trois singles qui clôturent ce deuxième volume, sans être anecdotiques, ne resteront pas dans les annales du label. Le premier du lot, “Singing In Braille” de Five Go Down To The Sea, groupe de Cork proche de Microdisney, est un single bordélique, fidèle à l’image d’un groupe lui-même ingérable. Le second, “Justice And Money Too” des Australiens The Moodists lorgne un peu trop vers le son de leurs compatriotes de Birthday Party. Enfin, le “I’m Alright With You” des Pastels sonne comme un single de transition, lui aussi inspiré par les Mary Chain, entre le son clair et pop des débuts et la formule parfaite de leur album “Up for a Bit with The Pastels” qui sortira en 1987. Les puristes regretteront l’absence de trois singles sortis en 1985 (un X-Men, le Les Zarjaz et un Slaughter Joe) pour que le coffret soit exhaustif.

Les trois autres disques comprennent respectivement des raretés, des démos et des sessions. Le premier volet revient sur la période pré-Creation de McGee avec deux titres de son groupe, The Laughing Apple. “Paricipate !”, sorti en 1981, est très marqué un son post punk. “Wouldn’t You”, publié sur un split single avec les Pastels en 1983, est encore plus anecdotique mais donne une bonne idée d’où se trouvait McGee musicalement au moment de se lancer dans l’aventure Creation. L’expérience Laughing Apple aura permis à McGee de se faire la main sur la gestion d’un label, puisque, fidèle à son éthique DIY, il avait créé Autonomy Records pour publier les enregistrements du groupe.

A noter, sur ce troisième volume, la présence de quelques démos (“Upside Down” et “Just Like Honey” de Jesus And Mary Chain) et des versions alternatives des Bodines et de The Revolving Paint Dream. On y retrouve surtout quelques extraits d’ »Alive In The Living Room », sorte de best-of de prestations enregistrées sur un deux-pistes lors des soirées par lesquelles toute l’aventure à commencé. Ces enregistrements seront d’ailleurs compilés pour ce qui sera le premier album sorti sur Creation. D’une piètre qualité sonore, les neufs titres restent néanmoins un précieux témoignage de la diversité de la scène de l’époque. Certains groupes, comme les Jasmine Minks, The Loft et The Legend! feront leurs premiers pas sur Creation. D’autres (The Mekons, Alternative TV, Television Personalities), déjà plus établis, permettent de mesurer à quel point les soirées Living Room étaient vite devenues incontournables.

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The Jasmine Minks

La quatrième partie du coffret, consacrée aux démos, est celle qui contient le plus d’inédits. La quasi-totalité des 24 titres n’a jamais passé le stade de la maquette. Ce volume sera une mine d’or pour les fans absolus du label qui se réjouiront d’entendre des inédits des Jasmine Minks, Meat Whiplash, The Legend!, etc. En revanche, aucun inédit des Pastels, de Primal Scream et The Loft, pourtant groupes phares du label à l’époque (les démos de Jesus and Mary Chain sont, elles, présentes sur le troisième CD).

Enfin, le cinquième volume contient des titres tirés de BBC sessions. Si seulement cinq groupes sont représentés (The X-Men, The Loft, The Moodists, Meat Whiplash et The Bodines), ces enregistrements leur rendent parfois davantage justice que les singles publiés chez Creation, produits par Joe Foster (co-créateur de Creation avec McGee et membre des TV Personalities). Souvent enregistrés avec peu de moyens et dans l’urgence, dans des studios spécialisés dans les annonces publicitaires pour la radio (les ingénieurs étaient prêts à tout pour casser leur routine et accueillaient les groupes du label à bras ouverts), certains singles ont de fait très mal vieilli.

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The Bodines

Les sessions, au delà du fait de rendre justice aux morceaux, donnent quant à elles une bonne idée de la façon dont les groupes du label sonnaient en live. Ils sont aussi révélateurs des futures directions empruntées par les artistes (le magnifique « Therese » des Bodines qui ne sortira qu’en 1986). En bonus, quatre titres live de The Loft clôturent ce coffret passionnant, belle page d’histoire du rock indépendant anglais, qui nous prouve que le post-punk se déclinait en une palette bien plus large que ce que l’on imagine. Et la pop music aussi. Pour la suite de l’histoire de Creation, nous attendons les prochains volumes avec impatience.

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