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V.A. – Weary Engine Blues : A Tribute to Jason Molina

v/a - Weary Engine Blues - A Tribute To Jason Molina

Attention : on tient du lourd. Paru chez Graveface Records, avec en édition de luxe un dessin sérigraphié de Will Schaff dessiné originellement pour la convalescence de feu Molina, voici un double recueil d’hommages à Jason avec tout ce qui compte comme pointure du folk-rolk indie dans l’exercice généreux de la reprise. C’est la première bonne surprise : ici, on sent que personne ne cherche à faire le malin ou à s’allonger sur une liste. Toutes, je dis bien toutes les reprises sont magnifiques, inspirées et viennent du coeur. Personne ne cachetonne (rappelons que tous les bénéfices seront reversés à la famille) et ça se sent.

D’abord, jetons-nous sur la liste des contributeurs et énumérons le premier groupe : Mark Kozelek, Scout Niblett, Damien Jurado, Phil Elverum, The Wave Pictures, Stanley Brinks, Freschard, Lisa Li Lund, chouchous parmi les chouchous, déjà dans notre Panthéon personnel, aussi à l’aise dans les chansons de Molina que dans leurs chaussons d’intérieur, leurs contributions sont juste parfaites. N’en parlons plus.

En revanche, certains habitués de nos platines nous surprennent davantage. Will Oldham avec un « Gypsy He-Witch » (pas sûr d’avoir bien respecté l’exercice du tribute, d’ailleurs le Willy), hanté, aux voix doublées et réverbées sur  quelques accords de claviers vintage bloqués en boucle comme du Leonard Cohen 80ies : glaçant. Et divin.

 

David Ivar reprend « Captain Badass », lui aussi, en version boîte à rythmes+boucles et ça ressemble presque aux merveilleux albums d’André Herman Düne d’il y a quelques années, avec mille petites enluminures : un petit bijou qui aère le titre original et lui confère un caractère éthéré. Un bel exercice de réappropriation et une nouvelle voie pour David Ivar.

 

Jeffrey Lewis prend aussi plus ou moins le même chemin des claviers, ralentit « Farewell Transmission » pour le rendre cotonneux avec ses chœurs sous Tranxen et ses parasitages de bandes.

Et puis, il y a aussi ceux qui écrasent tout. Alasdair Roberts avec « Eerie Canal » (là encore pas sûr que ce soit une reprise non plus. Si oui, où peut-on entendre la merveille d’origine ?), sur un quatre-pistes souffreteux (on se croirait un temps revenu au temps des vieux Mountain Goats) : guitare, voix et sommet immortel. Will Johnson, avec « The Big Game is Everynight », touche au cœur avec sa voix chaleureuse, un peu cassée. Ça sent l’amitié, l’amour.

Les Coming Soon évitent eux aussi la reprise folkeuse de « Cabwaylingo » et préfèrent s’en tenir aux clappements de mains, aux guirlandes de claviers et à une voix claire.

 

Même Jonathan Meiburg, qu’on a toujours trouvé un peu chiant, avouons-le, touche au sublime sur « Didn’t It Rain ». Pas de fioritures : c’est grand.

Voilà pour les stars. Mais les vraies surprises de cet album se trouvent au détour d’une voix inconnue.

Lucas Oswald rend une version de « North Star » aussi délicate et duveteuse qu’une aile de papillon, TW Walsh chante une modeste version de « Doing something Wrong » au coin du feu comme on  les aime et Haunt The House (« Leave the City ») nous rappelle que ce qu’on aimait, au début, chez Molina, c’était ce parfum moderne de papy Young, cette nuit, la nuit.

Au rayon des filles, Cerfs-Volants concurrencent sérieusement Lisa Li Lund avec un « Leave The City », un peu électro à la Morr Music (vous souvenez-vous ?) et Lady Lazarus nous la joue presque Grouper avec « Don’t It Look Like Rain ». Du Molina, pop expérimental.

Dans les reprises plus classiques, Brown Bird (« Farewell Transmission ») et The Donkeys (« O ! Grace ») livrent deux véritables hommages au groupe Magnolia Electric Co, à la fois très proches de la version d’origine et pourtant très personnels (notamment le banjo, le violon, une voix très laid-back de Brown Bird).

 

The Wilma Pool rappelle que Molina aimait les grosses guitares et les batteries puissantes et leur reprise de « The Man Undoes It all » s’étire entre guitares déchirées et rythme martial.

Hospital Ships (dont POPnews a récemment vanté le dernier album « Destruction in yr soul ») fait partie de ceux qui jouent agréablement les contrepoints avec un « Hammer Down » survitaminé, épuré entre tom basse et battements joyeux de mains. Diablement efficace.

Mais la palme revient à Howard Draper, pour nous avoir rendu, un « Texas 71 » d’anthologie, lézardant en mode country-hindou, field recordings de chants de batraciens et batterie finale assourdie. Parfait comme toute cette collection qu’on écoute en boucle depuis des mois. Voilà.

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