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Disques

Christophe – Paradis retrouvé

 Christophe - Paradis retrouvé

« Lumière ! », crie d’emblée le premier morceau, « Silence on meurt », amorcé par un sample de « Boulevard du crépuscule » en VF. Lumière, donc, sur les recoins obscurs de l’œuvre de Christophe, treize titres totalement inédits ou embryons de chansons qui prirent au final une direction différente. Connaissant l’exigence du bonhomme (qui prépare par ailleurs un nouvel album pour la rentrée), on se doute que ce « Paradis retrouvé » longuement repoussé par l’intéressé – l’idée venait de Francis Dreyfus, créateur des disques Motors, décédé en 2010 – n’a rien d’un ramassis de fonds de tiroir assemblé à la va-vite. Si l’on n’y trouve rien qui égale « La Dolce Vita » ou « Les Paradis perdus » (chanson à laquelle le titre fait bien sûr un clin d’œil appuyé), cette petite heure de musique témoigne du talent constant et visionnaire du Beau Bizarre.

L’essentiel provient des années 72-82, décennie pendant laquelle Christophe aligna des albums qui, sans couper totalement les ponts avec la variété qui l’a vu naître, cherchaient à défricher de nouveaux territoires. Une exploration qui passait notamment par un usage extensif des synthétiseurs, particulièrement à la fête ici, jusqu’à donner leur nom aux morceaux (« Fairlight » ou « Harp Odyssey », en référence à l’Odyssey de ARP). On aurait pu craindre un résultat daté, mais c’est plutôt un futurisme intemporel, indémodable – entre Suicide (que Christophe vénère), John Carpenter et la B.O. de « Drive » – qui se dégage de ces expérimentations souvent très abouties.

Maquettes, peut-être, mais enregistrées avec la crème des musiciens français de l’époque, généralement aux studios Ferber, et toujours magnifiquement interprétées. L’usage très fréquent de l’anglais (de cuisine) déconnecte encore un peu plus ces perles rares du contexte hexagonal de l’époque, à part peut-être une certaine new wave. C’est plutôt outre-Manche qu’il faudrait aller chercher les références, du glam rock (« Same Thing ») à la synth pop minimale (« Carrie »). Mais c’est avant tout du Christophe, un genre en soi. Un homme qui, s’il a su chanter la nostalgie comme nul autre, reste trop amoureux du présent pour capitaliser comme tant d’autres sur son passé. Les morceaux ont beau dater de trente ou quarante ans (une éternité à l’échelle d’une musique à peine sexagénaire), « Paradis retrouvé » est assurément un grand disque de 2013.

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