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Alpine Decline – Night of the Long Knives

Alpine Decline - Night of the Long Knives

On parle beaucoup de la Chine ces derniers jours au travers de sa pollution atmosphérique, plus forte ou en tout cas plus spectaculaire que jamais. Pékin et ses nuages, terre d’accueil d’Alpine Decline, semble en effet avoir recouvert toute la musique du duo américain, qui signe là son quatrième album.

Si « Disappearance » était déjà un album plein de bonnes idées, « Night of the Long Knives » va encore plus loin. Dès la première écoute, il émane du disque ce parfum d’urbanité, ce caractère que j’associe (peut-être à tort) à l’image que j’ai de Pékin, à savoir un environnement qui a grandi très vite, de façon parfois déraisonnable, avec ces heurts permanents entre une « modernité » qui a tendance à se développer très vite et des habitations au caractère traditionnel (quand bien même celles-ci n’auraient que quelques décennies). Il est difficile de s’y retrouver facilement dans les méandres de ces chansons, et c’est justement toute la force d’Alpine Decline, qui se fait fort de faire une musique qui m’évoque tantôt une dream-pop poisseuse, tantôt un rock décharné, parfois même un post-rock sans le côté pompier. Si l’on retrouve à la production Yang Haisong, le passé punk de celui-ci se ressent dans un choix assez radical de mettre sur l’album une sorte de chape de brouillard, laquelle est régulièrement percée par le duo, qui ne manque pas d’inspiration pour toucher sa cible, quand bien même il viserait à l’aveugle.

L’atmosphère aérienne de l’introductif « Day 213 » pose les bases de ce son simple, et de ce mix en retrait des instruments, soutenus par une voix noyée dans les échos d’une ville lointaine et proche à la fois. Ce climat joue pour beaucoup dans l’impact qu’il peut avoir : j’aime cette ambiance qui évoque une ville où le soleil n’a pas droit de cité, où la pluie et les nuages imposent de chercher d’autres repères. Des mélodies ciselées, tranchantes sous leur aspect étouffé, il y en a plein, comme le psychédélisme de « Like, Like, Like », la new wave tendue de « No Cosmic » ou « Drunk on Crystal Fire » (single foudroyant) ou l’errance désabusée de « Candle in a Skeleton » et cette ligne de guitare aussi belle que triste. Jamais sèches, les chansons regorgent en fait de détails, de sons foisonnants (« Alligator » en est un bon exemple, avec une production qui retranscrit un chaos latent), de ces écarts bienvenus (« Industrial/Domestic » et sa ligne vocale déclamée au mégaphone) avant des percées de soleil intermittentes (« Sleeping Gas », « Levitate »). Alpine Decline se fait fort de jouer avec les éléments, faisant fi des étiquettes pour imposer une signature toute personnelle sur des chansons au charme implacable.

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