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Motorama – Calendar

Motorama - Calendar

Sujet maintes fois rebattu : peut-on être nostalgique d’une période que l’on n’a pas connue ? Comment, sinon, expliquer cet engouement pour ces sonorités réverbérées tout droit sorties des années 80, ces arpèges irrésistibles dont des groupes comme The Durutti Column ou Felt, restent les insurpassables maîtres du genre ? C’est dans cette nostalgie que baigne l’album de Motorama, groupe venu de Russie et qui vient de livrer un album d’une rare homogénéité. D’abord discrète et appliquée, la musique du groupe se libère au fur et à mesure que les plages s’enchaînent. La voix du chanteur peut être rangée auprès de celle de Tom Smith, frontman de the Editors et autre obsédé de Ian Curtis. Les regards vers la scène post-punk mancunienne sont bien présents, notamment du fait de l’atmosphère relativement sombre de la musique du groupe, mais les entrelacements de guitare électrique permettent aux morceaux de décoller de cette atmosphère dans laquelle trop de groupes, péchant par excès de déférence vis-à-vis de Joy Division, tendent à s’empêtrer. L’écoute de « Calendar » se vit comme un concert : après un échauffement progressif, le groupe se libère et donne toute sa puissance sur le fabuleux « Scars » et « During the Years », où les synthés new-wave entrent dans la danse.

 Le son de batterie mat, la basse monolithique, tout tendrait à en faire un énième groupe revivaliste de cette époque charnière (comme il était possible de l’affirmer lors de la sortie de « Alps », leur premier LP, en 2010)… et pourtant, Motorama parvient à se réapproprier les symboles du passé pour l’emmener vers un ailleurs, vers une musique qui sait finalement coller à son époque. Peut-être justement parce que le groupe a su inscrire cet héritage dans des morceaux plus enlevés ; mais également parce que les enluminures guitaristiques apportent à cet album un cachet terrible. Motorama a, cette fois-ci, tourné son regard vers les disques de Sarah Records, label culte des « Sad Young Men ».

Et si cet album est si fort, c’est que sa tonalité mélancolique trouve des résurgences dans le présent, résonne dans nos enceintes comme la musique de notre époque. De Manchester à Rostov-sur-le-Don, les paysages urbains désolés sont partout et la mélancolie est apatride. Elle flotte et se grave parfois sur certains beaux disques.

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