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Cibelle – Las Vênus Resort Palace Hotel

CIBELLE – Las Vênus Resort Palace Hotel
(Crammed Discs) [site] – acheter ce disque

CIBELLE - Las Vênus Resort Palace HotelPlus qu’une artiste complète, Cibelle est un personnage emblématique qui magnifie, comme personne, le kitsch et la décadence. De ce terreau fumeux, elle parvient à faire jaillir une flore multicolore aussi belle qu’improbable ; "Las Vênus Resort Palace Hotel" – troisième album de l’ex-mannequin brésilien – en est l’illustration parfaite. Il fait partie de ces disques qu’on écoute en entier ; il s’ouvre d’ailleurs sur un joli "Welcome", et se referme tout aussi joliment sur "Bye Bye". Dans le thème qu’elle y explore, on pourrait croire, de prime abord, que la vie de notre hôtesse n’est plus si belle que ça. Le postulat est des plus climatériques : la terre a implosé ; ne subsiste qu’un rocher radioactif sur lequel s’est accroché un reste de vie. Au milieu des gravats, assaillies par une pluie acide, des espèces mutantes ont trouvé refuge dans les vestiges d’un hôtel où notre prêtresse se produit jour et nuit, devant des singes et des oiseaux qui, en retour, enluminent la noirceur des lieux de leurs poils et de leurs plumes irradiés.

La situation est désastreuse et sans issue. Pourtant, de l’irréparable et de l’absence d’avenir, Cibelle va s’inventer un terrain de jeu. Plutôt que de pleurer ce qui n’est et ne sera plus, elle fête ce qui demeure, sans discontinuer. Là où d’aucuns n’entendraient que des cris d’animaux sauvages, le bruit inquiétant de la jungle, un vent et des vagues tourmentés, notre tanagra perçoit des choeurs qu’elle tisse harmonieusement sur la trame d’une bande-son psychédélique. Plutôt que de sombrer dans la mélancolie, Cibelle s’en empare au moment opportun, comme pour mieux contraster avec l’aura festive de l’album. De nouveau, Cibelle est partout : composition, interprétation, co-réalisation, avec cette originalité débridée qui la caractérise, jamais dépourvue d’intelligence. L’intervention de Damian Taylor (Björk) à la co-réalisation et de Thom Monahan (Au Revoir Simone, Devendra Banhart…) au mixage, ne gâche rien non plus.

Les arrangements forment une espèce de magma kaléidoscopique qui emporte tout sur son passage : percussions aquatiques ou non, claps, toys déglingués, clavier vintage, guitare électrique, banjo, carillon, flûte, moteur d’avion, piano… Pour faire simple, on pourrait qualifier la musique de Cibelle d’imbroglio exotique – certes parce qu’elle sent, par moment, la noix de coco, mais surtout parce qu’elle est loin de tout ce qui se fait chez nous (et chez elle aussi, d’ailleurs : pas une once de cuica à l’horizon, youpi !) – mais nombreux sont les genres qu’elle fait se télescoper : jazz, electronica, bossa nova, pop, folk, soul, sur fond de sonorités kitsch des années soixante. Il n’y a qu’à regarder le joyeux foutoir de la pochette pour comprendre qu’il est vain de tenter une description par les mots. Faites plutôt confiance à vos oreilles. "Welcome to Las Vênus Resort Palace Hotel".

David Vertessen

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A lire également, sur Cibelle :
la chronique de « White Hair » (2009)

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Underneath the Mango Tree
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Melting the Ice
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Bye Bye

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