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Disques

BJ Nilsen & Stilluppsteypa – Man From Deep River

BJ NILSEN & STILLUPPSTEYPA – Man From Deep River
(Editions Mego / Metamkine) [site BJ Nilsensite Stilluppsteypa] – acheter ce disque

BJ NILSEN & STILLUPPSTEYPA - Man From Deep RiverSi comme moi vous avez lu et relu le remarquable livre de David Toop "Ocean of Sound", extraordinaire traité où il est question d’ambient music, de mondes imaginaires et autres voix de l’éther, vous vous êtes forcément demandé quel devait être le disque qui pouvait le mieux s’approcher des théories poétiques de l’auteur.
Ne cherchez plus le voilà (je sais de quoi je parle pour avoir relu "Ocean of Sound" une semaine avant de glisser la merveille qui fait l’objet de cette chronique dans ma platine !) et il n’est pas étonnant qu’il soit né de l’association du suédois BJ Nilsen et du duo islandais Stilluppsteypa (Sigtryggur Berg Sigmarsson et Helgi Thorsson).

"Man From Deep River" est un voyage en trois parties où se mêlent des field recordings (voix diaphanes, bruits aquatiques, cris d’oiseaux, percussions primitives…), d’épaisses nappes de sons électroniques et autres drones envoûtants.
Apparemment les musiciens ont laissé libre cours à leur imagination après l’écoute d’une mystérieuse cassette enregistrée en 1975 et trouvée par hasard qui leur a servi de matériau de base.
Est-ce le journal sonore d’un explorateur ? On n’en saura pas plus mais il n’en faut pas moins pour renforcer le mystère de cette oeuvre et faire naître des rêves de lointaines aventures imprégnés de doutes et d’une certaine angoisse, celle d’un homme qui se perd en pleine jungle. Peut-être.
C’est vraiment ce sentiment que l’on ressent à l’écoute de ces trois longues plages où la dimension hostile et angoissante des sons concrets (toute la panoplie de bruits que l’on peut entendre sur les rives d’une rivière sinuant en pleine forêt tropicale) est accentuée par les longs écoulements électroniques, au cours desquels on croise quelques îlots isolationnistes faits d’onctueuses boucles de synthés analogiques faussement rassurantes.
Cette exploration intimidante et absolument envoûtante peut s’apprécier autant de façon instinctive et sensorielle, tant le travail sur le son et les textures est inouï, que d’une manière plus romantique grâce à son incroyable force évocatrice (écoute au casque vivement conseillée).
Il n’y a qu’à se laisser porter par ce courant sonore, entre cinéma pour l’oreille et grandioses abstractions électroniques, et la magie opère !

Enfin, pour tenter de situer cet album (franchement pas simple à chroniquer) disons qu’il est une synthèse inespérée et originale de ce qu’il s’est fait de mieux ces quarante dernières années en matière de musiques électroniques hors norme depuis les premiers travaux de Folke Rabe et Charlemagne Palestine jusqu’à Coil période "Moon’s Milk" en passant par Hafler Trio, Chris Watson et Brian Eno !

Evidement, il n’est pas nécessaire d’avoir lu le livre de David Toop pour profiter pleinement de cette oeuvre, mais franchement si vous le lisez vous ne l’écouterez plus de la même manière, particulièrement après la lecture de son hallucinant voyage sur les berges de l’Orénoque à la recherche de musiciens chamans indiens !

Cyril Lacaud

 

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