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Darc Mind – Symptomatic of a Greater Ill

DARC MIND – Symptomatic Of A Greater Ill
(Anticon / Differ-Ant) – acheter ce disque

DARC MIND - Symptomatic Of A Greater Ill"Mais pourquoi continue-t-on à qualifier Anticon de label hip hop ? C’est vrai ça, ça n’y ressemble pas beaucoup. C’est juste de l’indie rock ou du folk assaisonné d’électronique et tout juste parsemé d’éléments rap. Non, vraiment, on ne comprend pas pourquoi certains s’échinent encore à en parler comme s’il s’agissait de rappeurs". OK. Si tu penses ça, c’est que tu n’étais pas là en 99, quand tout a commencé. Tu n’as pas assisté à la genèse de l’aventure de Sole et de sa bande. Tu n’as pas vu que tout cela était la suite immédiate et logique du rap indé East Coast des années précédentes, celui de Co-Flow, des Juggaknots, de Sonic Sum ou des Jedi Mind Tricks. Et tu ne comprends sans doute pas pourquoi, aujourd’hui, en 2006, Anticon fait émerger des limbes cet album très solide du duo Darc Mind.

Darc Mind, pourtant, c’est pile ce rap intermédiaire, cette musique dense et ténébreuse qui puise dans le rap new-yorkais des 90’s mais qui le dépasse, ce son dont les prémices sont à chercher chez le Wu-Tang et l’aboutissement sur le premier Company Flow. D’ailleurs, ce disque enregistré entre 95 et 97 devait sortir à l’origine sur Loud, un label où le Wu était très présent. Mais manque de chance, ça a tergiversé, le label a mis la clé sous la porte et ce premier et dernier album des new-yorkais Kevroc et DJ GM Webb D n’est jamais sorti. Il est allé rejoindre pendant 10 ans la longue cohorte des disques perdus, avant de connaître le sort des plus chanceux d’entre eux : une réédition par des fans ayant obtenu pignon sur rue entre-temps.

C’est qu’il en valait bien la peine, ce disque. Il n’y a pas grand-chose à jeter dans la voix souple, basse et grave de MC Kevroc, qui chemine avec virtuosité entre conversation, rap et quasi chantonnement, aussi à l’aise sur un rythme lent que sur un autre plus uptempo. On ne peut rien reprocher non plus aux beats de DJ GM Webb. Ils ont beaucoup de la densité et de la sobriété évocatrice du hip hop de Gangstarr, Pete Rock & CL Smooth ou Black Moon. Ces beats samplent certains prédécesseurs comme Nas, Rakim ou Public Enemy. Et ils fricotent parfois avec la old school ("Bmoc", "Fever Pitch"). Mais ils contiennent aussi en germe la froideur, les divagations et les accents industriels du rap d’après. "Visions of a Blur", "U Da One" et "Seize the Phenom", entre autres, sont des modèles des deux genres, ils font partie des meilleurs morceaux rap à se mettre entre les oreilles en 2006 comme en 1997. Et si certains, convaincus par ces titres, peinent encore à faire le lien avec Anticon, qu’ils écoutent le non moins excellent "I’m Ill". Peut-être comprendront-il que Darc Mind et le label qui sort leur album combattent les mêmes maux.

Sylvain Bertot

Visions of a Blur
U Da One
Seize the Phenom
Knight of the Roundtable
I’m Ill
Covert Op
Give Me Time
BMOC
Fever Pitch
Rhyme Zone
Outside Looking in

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