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Festivals

Oxegen Festival 2004 – Belle and Sebastian, the Strokes, the Cure, The Divine Comedy, Franz Ferdinand

OXEGEN FESTIVAL 2004

"Oh Dear! Is it really all true?
Did they offend us and they want it to sound new?
Top-ten ideas for countdown shows
Whose culture is this and does anybody know?"

The Strokes – What ever happened?

Le festival OXEGEN en Irlande, situé au Punchestown Racecourse (un hippodrome près de Dublin), avait lieu depuis quelques années déjà sous le nom de WITNNESS. Il était alors sponsorisé et arrosé par Guinness. Cette année, le changement de bière imposa un changement de régime, et ce fut donc la première fois que sous le nom d’OXEGEN défilait une pléiade d’artistes pour la plupart incontournables. Le 10 et 11 juillet dernier se tint une des plus belles affiches des festivals européens de rock.

The Strokes, The Cure, Kings of Leon, PJ Harvey, Franz Ferdinand, Massive Attack, Orbital, Belle and Sebastian, Chemical Brothers, pour les plus gros, jouaient le samedi 10 juillet, tandis que des groupes comme Muse, Wu tang Clan, Black Eyed Peas, The Darkness, Faithless, The Libertines, Basement Jaxx, Ocean Colour Scene, Jimmy Cliff ou Wilco tentaient de faire aimer le dimanche en se partageant les cinq scènes du site… Pour des raisons de restrictions budgétaires (mais je n’y crois pas trop), La Gazette de Peter Buckland m’y envoya pour la journée du samedi seulement. Single day ticket. Mais quelle affiche ! Beauvais-Dublin par Ryanair, un hamburger dans un pub, quelques Guinness pour s’échauffer et lendemain, direction l’hippodrome.

D’abord, il a plu, histoire de bien faire comprendre aux étrangers parmi la foule de 60 000 personnes que l’on était en Irlande. Ensuite, il a continué de pleuvoir. Ce qui a poussé Neil Hannon de The Divine Comedy, après quelques ballades humides, à dire à un parterre de parapluies: "Go away, you fools, away from the main stage, go find a shelter, listen to some good band indoors". Mais les fans de cet artiste du pays ne l’ont pas écouté, et ont préféré chanter avec lui sur la très attendue National Express à chercher un abri. Le groupe a bien sûr interprété son dernier album en date, Absent Friends, mais a aussi privilégié des titres de son album Casanova (1996), comme Something for the Week-end, Becoming more like Alfie, ou encore Songs of love mais ces chansons d’il y a quelques années ne semblaient pas être connues de toutes les oreilles. Il a fini son set sur Tonight we fly qui figure sur son album Promenade, et qui, avec son rythme enlevé était une note de légèreté clairement destinée à souhaiter un bon festival au public.

Plus tôt et sur la même scène principale, en début d’après midi, Scissor Sisters avait réchauffé un public de sa musique disco rock très tendance Outre-Manche, notamment grâce aux efforts visibles de la rouquine Ana Matronic et du bondissant et dandinant Jake Shears. Erasure n’était pas loin. Cela a été ensuite tout aussi péchu grâce aux services du groupe incontournable de l’été rock : Franz Ferdinand. Le groupe a bien interprété l’ensemble de son album catapulté quelques mois plus tôt dans les charts. La foule continue à se déplacer pendant que ces Ecossais jouent : certains se ravitaillent en bière, d’autres vont jeter un coup d’oreille à une autre scène ; la plupart se précipitent et se rapprochent pour écouter le premier single Take me out. Le groupe a enfin cédé sa place à The Divine Comedy, puis est allé signer quelques autographes dans un stand prévu à cet effet.

Pendant ce temps, d’autres concerts se sont tranquillement déroulés en cet après-midi pluvieux. On retiendra la talentueuse et jolie Cathy Davey, mais aussi les prestations attendues de plus gros noms comme celle de The Rapture qui a offert un show roboratif avant que les plus doux Snow Patrol, dont la musique sans surprise, à la croisée de Coldplay et de Travis, ne ravisse plusieurs personnes déjà conquises par ses titres jouées en boucle par les radios.

Mais il ne faudrait pas oublier ceux qui avaient suivi le conseil de Neil Hannon et s’étaient mis à l’abri. Il y a ceux qui, déjà défoncés en fin d’après-midi, ont dansé comme des zombies électrocutés dans une boîte-bar montée par un vendeur d’alcool. Il y a ceux qui ont continué à découvrir sur scènes couvertes des groupes divers. Et il y a ceux qui se sont payés une tranche de joyeuse nostalgie en suivant un des nombreux tribute bands des Stone Roses, The Complete Stone Roses. Depuis plusieurs années déjà, et pour une des dernières fois à ce festival d’Oxegen, ce groupe écossais reprend les chansons cultes de ce groupe de Manchester qui pour beaucoup révolutionna le rock au tournant des années 80 et 90. I wanna be adored, Fools gold, Elephant stone, Made of stone, Love spreads… Tous les titres des Stone Roses sont cultes, et ont été repris en choeur par une foule avide, qui aimait trop cette musique pour pleurer sur l’absence du groupe original. Et The Complete Stone Roses, non contents de reprendre minutieusement les compositions de John Squire (guitariste) et de Ian Brown (chanteur), sont allés jusqu’à les mimer en reproduisant leurs coupes de cheveux et leur attitudes respectives. Le batteur non plus n’a pas oublié le bob enfoncé jusqu’aux yeux comme le faisait le Reni dès la fin des années 80. Le chanteur, s’il est parvenu à prendre l’air simiesque de l’icône Ian Brown sans le singer, n’a pas pu cependant dissimuler une voix qui collait aux morceaux mais ne les sublimait pas comme celle de Ian. Mais l’essentiel était là : une musique exceptionnelle jouée plein pot devant une foule enthousiaste. Une telle ferveur envers un simple tribute band n’a pu que susciter la curiosité de ceux, plus en retrait, qui ignoraient la puissance musicale, le génie mélodique, l’orgueil et le street cred, en un mot le style des Stone Roses. Une passion et une lumière qui se devinait, au-delà des chansons, depuis les régulières frasques de Ian Brown jusqu’aux fresques picturales de John Squire, adepte du dripping.

La salle du Spirit Dance Arena, ainsi comblée, était prête ensuite à accueillir X-Press 2 puis les Chemical Brothers. On sort de cette salle et on retourne à la scène principale : le soleil a faibli, les hot dog sont dévorés entre deux gorgées de bière, les festivaliers titubent un peu plus sur la terre humide, d’autres sont déjà étalés par terre et ne se relèveront plus… Derniers efforts pour se regrouper, se serrer et s’approcher de la scène principale alors que d’autres préféreront découvrir la promesse Razorlight sur une autre scène. La foule se densifie ; il fait noir. Une bande de trois gars sniffent devant moi ; un se retourne le nez plein de poudre et me demande "What’s the next band ?". Je réponds : "The Strokes". Les spots s’agitent alors, cinq hommes surgissent de l’ombre, le chanteur, Julian Casablancas, en tête. Veste noire et bottes, il prend le micro de ses deux mains et regarde la foule de ses yeux légèrement exorbités mais mis-clos par l’alcool d’avant scène. Ils lancent Reptilia. Une énergie folle s’empare du public de la scène et du public. Julian s’égosille "The room is on fiiiiiire" mais personne ne pourra éteindre l’incendie ; rapidement, tout le monde se rend compte qu’il s’agira là du meilleur show de la journée et peut-être du week-end. Batterie qui claque et saturation savoureuse, le groupe reproduit sans peine le son plein de son dernier album. Les chansons jouées étourdissent le public. Tout le deuxième album et le meilleur du premier y passent, avec des poses très rock’n’roll de Julian et des interventions tout aussi destroy avec des fuck et fucking a tout bout de champ. "Yeah ! There are nice girls here! I’m pretty surprised!". Il se reprendra: "Well I don’t mean… Fuck!… Not like the guy saying fuck that fuck that… but hey! I don’t give a fuck". Visiblement défoncé mais chantant à la perfection, Julian Casablancas en déconcerte plus d’un. Cité par The Irish Times le lendemain, le jeune Bryan O’Rlurke (19 ans) de Kildare a déclaré à son sujet : "The man from The Strokes was obviously off his head but they were brilliant". Ils jouent Is this it? enchaînée à What ever happened? pour continuer à séduire le public. Under Control pour calmer le jeu avec brio. Le chanteur parviendra, épaulé notamment par le guitariste Albert Hammond Jr, à l’apogée avec Trying your luck avant de se payer le luxe de reprendre les Clash. Tout au long du concert, Julian Casablancas a essayé d’évacuer le trac en soulignant son bonheur à n’être qu’en soutien des Cure, tête d’affiche ce soir là. "I’m so fucking excited to see the Cure", "I’m amazed… We’re happy to be here". Mais lui et sa bande n’ont pas pu s’effacer, n’ont pas pu se contenter de ce rôle de première partie de luxe. Ce soir là, ils étaient trop bons pour ne pas être les meilleurs.

Même The Cure, pourtant honnête, ne retiendra pas la foule qui préférera se dissiper, pour la fin de la soirée, entre les prestations des Chemical Brothers et de Massive Attack – toujours impressionnant sur scène. Beaucoup ont aussi préféré suivre l’adieu du groupe électronique Orbital, préparé par un concert sur mesure de Belle and Sebastian. Quant à la vieille bande de Robert Smith, les longues plaintes du dernier album intéressent quelques fans mais laissent dubitatifs les nombreux festivaliers qui se réjouissent sur les vieux standards comme Inbetween Days et Just Like Heaven. Le groupe ouvre sur une magnifique Plainsong, puis jouera entre ses nouvelles compositions plusieurs bijoux comme A strange day, Lovesong, Pictures Of you, M et One hundred years. Enfin, après le rappel, The Cure récompensera la patience de certains en servant les classiques Play for today, A forest et Boys don’t cry. Et tandis que Robert Smith chantait à quarante quatre ans que les garçons ne pleurent pas, des flux de spectateurs quittaient avant la fin ce village irlandais du rock et se dirigeaient déjà vers leur tente ou vers les Dublin Bus (prononcer Doubline Bousse pour l’accent irlandais), achevant là leur journée de tourisme musical.

Jean-Baptiste Féline

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